Témoignages

Le chat noir

Le chat noir

Une tendre enfance au milieu des pins
entre les landes et la gironde
au milieu des écumes de sel, du sable, de la foret
entourée de mes meilleurs amis et de joie de vivre

Une adolescence un peu embrumée
par un malaise indicible

Un début d’age adulte ou des moments d’angoisse et de dépression
ternissent parfois ma vie
puis une vérité qui rejaillit
par mes parents me voyant dans le désarroi
d’abord la surprise
car la réalité vient effleurer le subconscient
puis l’inconnu qu’il faut affronter
comme si il avait toujours était là
latent
devant ton miroir

Je me cherche, toujours ne sachant vers ou avancer
le sport m’aide a évacuer
mais je me teste en allant plus loin pour affronter mes peurs
et vérifier si je suis toujours debout ou si je m’effondre

La psychotherapie dure un an deux ans
j’ai l’impression de me cacher lorsque j’y vais
parfois je m’y perds et j’ai l’impression d’aller plus mal
de me mélanger, de perdre l’ordre de mes pensées

Vers l’age de 23 ans je ne serais plus dire ni comment ni pourquoi
je décide de trouver le professeur qui est à l’origine de ma naissance
il me reçoit
m’explique que je suis le premier IAD a venir le trouver
et qu’il me sera impossible de retrouver mon géniteur
le don de sperme est anonyme.
Mon seul recours : le tribunal administratif
beaucoup d’énergie pour aucun résultat
mais dans la discussion il me glisse une phrase : les donneurs étaient dans la plus part des cas des étudiants en médecine.

Le temps passe et je me retrouve en contact avec une association qui milite pour l’accès aux origines
je fais quelques articles dans les journaux pour parler de moi et faire avancer les choses
mon père me soutient et a la lecture de mes articles m’écrit quelques mots,
 je les ai gardés précieusement :
« mon cher felix
beaucoup d’émotion a la lecture de l’excellent article autobiographique te concernant
j’admire ton obstination dans ta quête de l’impossible
qui va au delà de ta propre personne
ton témoignage au combien spontané
doit pouvoir réconforter un grand nombre de ceux qui sont dans une situation semblable… ».
sur le devant de la carte qu’il m’avait écris
un proverbe chinois
« il est difficile d’attraper un chat noir
dans une pièce sombre
surtout lorsqu’il n’y est pas. »

Entre 25 et trente ans j’apprend
qu’il faut aussi savoir arrêter de chercher et continuer a vivre
de petites choses positives amènent a une vie plus facile
finalement ils avaient surement raison
mon père et ce médecin sans lequel je ne serais pas là
cette quête est vaine et peut être futile.

Je rencontre ma compagne
et deux magnifiques enfants
arrivent quelques années plus tard
Mon père décède quelques temps après
d’une maladie génétique qu’il ne m’aura pas transmise
malgré son caractère colérique
et nos relations conflictuelles
je retiens encore aujourd’hui l’amour qu’il m’a donné.

Le temps passe
et j’avance accompagné
de ma famille.

Mes enfants grandissent
jusqu’au jour ou je décide
de leur expliquer les conditions de ma naissance
pas de secret entre nous
la clarté, les discussions
sont les clefs de l’épanouissement

Ils sont curieux
posent de nombreuses questions
et tout se fait naturellement

puis un jour l’association reprend contact avec moi
on me parle des tests adn
d’abord un peu frileux moi qui avait fait un trait sur tout ça
je me dis pourquoi pas

je m’inscris sur plusieurs sites en suivant les conseils avisés
des experts de l’association
je me prends au jeu
je découvre mes résultats
et m’initie à  la généalogie génétique
essaye de remonter les arbres de mes matchs
pour retrouver mes origines

un an, deux ans, des mails envoyés a des cousins éloignés
mais pas de réponses probantes
je m’obstine et regarde toutes les semaines si des matchs interessants apparaissent.
Mais rien n’arrive sur mon écran
Alors je lâche du lest
et me concentre sur ma vie de famille.

Deux jours avant Noël 2018
Je m’assoie devant l’ordinateur
et ouvre le site my heritage
un clic, ma vie bascule…

je découvre que j’ai un demi frère
on s’écrit, il ne comprend pas.
Alors je patiente
et deux semaines après les fêtes
son père me répond que son fils n’était pas au courant
et qu’il avait été donneur dans les années 70.
je découvre une personne bienveillante qui m’éclaire sur sa vie
ses origines et me fait parvenir des photos de lui.
La ressemblance est frappante.
On correspond pendant plusieurs mois
comme si chacun d’entre nous en avait besoin
résumant à notre manière, a l’autre, nos histoires de vie.

Six mois après il me propose qu’on se rencontre.
Je me souviendrais d’abord de ce premier instant,
ou avançant vers lui, nos yeux se sont croisés et ou j’ai compris
qui j’étais à travers son regard.

On s’est embrassé, on a longuement discuté
j’ai pu voir les photos de sa famille
et toute mon histoire a pris un sens ce jour là.

Nous sommes toujours en contact et on espère se rencontrer de nouveau.
Peu de temps après j’ai découvert une demi sœur née par iad, et nos chemins vont peut être se croiser prochainement en tout cas je l’espère.

Finalement il n’y a jamais eu d’étudiant médecin donneur, ni de chat noir a trouver dans une pièce sombre, il y a juste une vérité dans mon histoire, celle de l’amour d’un père pour son fils qui n’était pas le sien et celle de la bienveillance d’un père biologique pour que cet amour et que cette histoire puisse exister.

Coralie, en parcours PMA avec don de gamètes

Coralie, en parcours PMA avec don de gamètes

Je m’appelle Coralie et j’ai commencé les examens pour une PMA avec don il y a un an et demi.

Ma FIV est aujourd’hui planifiée pour juillet mais j’ai décidé de la faire à l’étranger là où les dons ne sont pas anonymes.

L’accès aux origines a toujours été pour moi un point primordial dans la mesure où je veux laisser à mon enfant la possibilité de savoir d’où il vient.

C’est un choix très personnel que j’ai la chance de pouvoir me permettre car en France, malheureusement, ce n’est pas encore tout à fait ça.

Le donneur transmet la moitié de son patrimoine génétique à l’enfant et ce point d’interrogation, cette pièce inconnue, ne pose pas les mêmes questions à chaque enfant et à chaque adulte devenu grand.

En France, la politique du don anonyme a longtemps primé cependant ce principe ne respectait pas le droit aux origines ce qui a valu à notre pays une injonction au changement.

À partir de septembre 2022, tous les donneurs devront donc accepter de communiquer leurs informations identifiantes aux enfants issus de leurs dons.

Cette nouvelle banque de gamètes ne sera cependant pas utilisée tout de suite et les enfants, une fois majeurs, devront passer par une commission qui contactera le donneur pour savoir s’il souhaite communiquer son identité.

Mais qu’en est-il de l’enfant qui demandera ces informations et à qui le donneur répondra  »non » ? Je pense que les donneurs devraient être interrogés aujourd’hui et non dans 18 ans afin que les familles puissent prendre des décisions éclairées et expliquer les choses clairement à l’enfant.

Pour moi, un peut être a la possibilité d’être destructeur.

Je salue les progrès de la France car la loi progresse mais à mon sens, cela laisse un peut être qui ne devrait pas exister.

Bernard, papa de deux enfants conçus par don de sperme

Bernard, papa de deux enfants conçus par don de sperme

Je suis un père de deux enfants âgés respectivement de 18 et 16 ans.

Avec mon épouse, nous avons choisi d’entreprendre les démarches de PMA en faisant appel à l’IAD (insémination artificielle avec donneur) en 2003 puisque nos tentatives étaient infructueuses.

Ce fut un parcours du combattant, mais finalement, suite aux dons de gamètes, encadrés par le CECOS de Rennes, nous fûmes heureux d’accueillir ces deux petits anges.

Nous aurions aimé à l’époque, donner aux futurs bambins en devenir la possibilité à leur majorité, de connaître leurs géniteurs.

Nous ne leur avons jamais caché leur conception. Depuis leur naissance, nous leur avons expliqué avec des mots simples la manière dont ils sont venus au monde.

Actuellement, ils nous ont indiqué qu’ils souhaiteraient connaître leurs donneurs pour découvrir leurs origines mais ne souhaitent en aucune manière me remplacer. Ils me le montrent chaque jour.

Nous sommes évidemment disponibles pour les accompagner dans cette aventure.

Ils parlent librement de ce sujet sans tabou à la maison et semblent vivre une existence épanouie.

Je n’ai pas eu la chance d’en parler avec lui…

Je n’ai pas eu la chance d’en parler avec lui…

Je m’appelle Marion et je suis née en 1990 à Lille via le CECOS. J’ai appris mon mode de conception tardivement. C’était en janvier 2018, j’avais 27ans et je questionnais ma mère à propos de mes antécédents familiaux en vue d’une consultation gastro. La discussion commençait à virer au harcèlement parce qu’elle esquivait mes questions depuis des semaines. Je savais que mon père, qui est décédé lorsque j’avais 20 ans d’un cancer, avait des frères décédés de cancers du côlon. J’insistais donc pour avoir des infos là-dessus et je ne voulais pas entendre qu’elle me dise ne plus se souvenir de l’âge approximatif auquel est décédé l’oncle Robert, alors qu’il y avait des photos de lui partout dans la maison ! C’est là que la bombe a été lâché « ton père n’est pas ton père ». Je n’ai pas compris tout de suite, je lui ai demandé des précisions. Elle m’a expliqué que j’étais issue d’un don de sperme.

Ma première réaction a été un immense soulagement. Puis j’ai été blessée qu’elle me dise que mon père ne l’était pas. C’était MON père, point. Et puis déçue aussi. Déçue de n’avoir jamais pu en parler avec lui, mon père, et que l’on m’ai menti tout ce temps.

Le soulagement c’est parce que je savais qu’il y avait un truc pas clair, un secret de famille, je l’ai toujours sentie. Vers 8 ans, quand on feuilletait les albums photos chez ma mamie, je me demandais pourquoi je ne ressemblais à aucun de mes parents alors que mon frère, cadet de 3 ans, était le portrait craché de ma mère lorsqu’elle était enfant. J’avais demandé à ma mamie si j’étais adoptée. Elle a dû rechercher une photo datée de ma mère enceinte pour calmer mes ardeurs. Puis au collège, en voulant photocopier le livret de famille pour une sortie de classe, j’ai découvert que mon père était divorcé. J’ai cru mettre le doigt sur ce truc pesant que je ressentais depuis longtemps. J’ai fouillé dans les papiers « Aucun enfant n’est né de cette union ». Avec le recul je m’aperçois aujourd’hui que la stérilité de mon père a dû peser dans sa vie bien avant qu’on ne naisse. Enfin, au lycée en SVT, pendant son cours sur les chromosomes, le prof a fait une parenthèse : il nous a parlé des inséminations artificielles qui existent depuis les années 80. Je savais que mes parents nous avaient eu tard pour l’époque : 34/37 ans pour ma mère et 40/43 ans pour mon père. Je savais aussi que j’avais échappé au prénom de Désirée, ça m’a remis la puce à l’oreille.  En rentrant au soir j’ai demandé à mes parents « Est-ce qu’on est issus d’une insémination artificielle ? ». Un blanc puis la réponse de ma mère « Oui, mais pourquoi tu demandes ça ? ». Mon père n’a pas pipé mot. Je n’ai pas pensé à observer sa réaction à l’époque parce que j’étais persuadée que le « problème » venait de ma mère. Elle avait des soucis gynéco et je me trouvais malgré tout d’avantage de ressemblance physique avec mon père qu’avec ma mère : les cheveux noirs, une tâche de naissance sur le ventre…  J’insiste encore « mais du coup on est issus de vous deux ? ». Ma mère s’emporte un peu « Mais oui enfin ! tu en poses des questions ! ». Aujourd’hui je lui en veux encore de m’avoir menti alors que je lui ai posé la question clairement. Même si je comprends que ça aurait pu être compliqué pour mon frère, 12 ans à l’époque, d’encaisser la nouvelle mais quand même… J’ai ce regret de n’avoir jamais pu évoquer la chose avec mon père. Quand j’y pense il y a des tas de réactions de sa part, des moments de malaises que je comprends maintenant et que nous n’aurions pas du vivre. Je ne peux qu’imaginer à quel point ça a dû être pesant pour eux de garder ça secret. Je reste persuadée qu’ils auraient été libérés d’un poids si j’avais eu l’occasion de lui dire à quel point ça ne change rien pour moi.

Lorsque ma mère me l’a annoncé, j’ai demandé si on avait le même donneur mon frère et moi. Elle m’a répondu par l’affirmative puis « enfin je pense ». Je lui ai demandé si elle comptait le dire à mon frère « Peut être sur mon lit de mort ». J’ai dû la convaincre d’en parler elle-même à mon frère, estimant que ce n’était pas à moi de le lui dire et refusant de faire partie de ce mensonge. Elle m’a demandé de ne pas en parler autour de moi, je lui ai répondu que c’était mon histoire et que j’avais besoin d’en discuter avec mes amis proches, ce que j’ai fait.

Ma mère ne le savait pas encore à l’époque mais je venais d’apprendre que j’étais enceinte, je me suis donc demandé ce que j’allais transmettre à mon enfant. J’étais soulagée de savoir que je n’avais pas d’antécédent de cancer du côlon, mais j’avais peut-être bien pire dans mon patrimoine génétique ? Je me suis donc renseignée. Ok, ils font passer aux donneurs des questionnaires sur les antécédents médicaux, mais s’ils déclarent un truc horrible après leur don ? Genre une maladie génétique, une myopathie ? Le don est fait donc c’est trop tard ? Est-ce que les CECOS contacte les enfants ? Je suis infirmière, c’est peut-être une déformation professionnelle que de penser à tout ça. Quand j’ai su que en tant qu’enfant IAD (issue d’une Insémination Artificielle avec Donneur) nous n’avions aucun droit, mis à part de vivre, ça m’a mise en colère.

Les parents ont le droit aux dons et aux inséminations. Les donneurs ont le droit à l’anonymat. Et les enfants ? « Estimez-vous heureux d’être là » qu’on entend. « Vos parents c’est ceux qui vous ont élevés, pourquoi chercher ? ». Evidemment que nos parents restent nos parents ! Mais savoir que quelque part il y a un dossier avec plein d’informations sur ce qui fait 50% de notre être et qu’on n’a juste PAS LE DROIT d’y avoir accès, moi ça m’énerve ! Quelques mois après la naissance de mon fils, j’ai décidé de faire un test ADN « récréatif », ceux dont on voit la pub à la télévision bien qu’ils soient interdits en France. J’ai trouvé des cousins plus ou moins éloignés et une demi-sœur du même âge que moi. A coup sûre une IAD. J’ai voulu la contacter pour avoir des informations, supposant qu’elle était elle au courant de son mode de conception puisqu’elle avait fait un test ADN, mais non. Je lui ai donc appris la nouvelle malgré moi. Heureusement que j’avais pris des pincettes grâce aux conseils de l’association des PMAnonyme, que j’avais découvert en effectuant une recherche Google. Ils ont été d’un immense réconfort. Je me suis sentie soutenue, comprise et légitime de me poser toutes ses questions. J’ai fini par avoir des nouvelles de ma demie quelques mois après, le temps pour elle de digérer l’information. Comme elle ressemble à sa mère, elle ne s’est jamais posée de question et avait fait le test ADN pour le fun. On s’est rajouté sur les réseaux sociaux et pour l’instant ça en est resté là. Elle a peur de blesser son père, ce que je peux comprendre. Peut-être que l’on se verra un jour, on n’habite pas très loin mais pour l’instant ce n’est pas d’actualité.

En faisant le test, je n’ai pas osé prendre l’option « prédispositions génétiques » de peur de m’inquiéter inutilement pour mon fils. Grace à l’aide de l’adhérente d’une association, nous avions retrouvé mes arrière-grands-parents. Ça s’est arrêté là.

Puis en janvier 2021 alors que j’avais un peu lâché l’affaire, une pub est repassée à la télévision « faites revivre vos photos ». Avant d’aller au lit, je retrouve et ouvre l’application pour voir s’il y a du nouveau. Au lieu des deux parentés proches (mon frère et ma demie), j’en ai trois : « Jacques, relation estimée « père », ADN partagé 49,9% ». C’est le choc, l’excitation, l’impression d’avoir trouvé le Graal ! J’ai envoyé un message à Delphine, sa fille qui gère le compte. Elle attendait que je les contacte. Deux jours après j’ai Jacques au téléphone, c’est lui qui m’appelle. J’avais trop peur de le déranger. J’ai du mal à réaliser. Jacques est hyper-sympa, avenant. Il m’explique qu’il a pris la décision de faire un don parce que son demi-frère ne parvenait pas à avoir d’enfant. Il me donne plein d’informations sur mes antécédents « familiaux ». Il m’explique que lui-même ne connaissait pas son géniteur, qu’il l’a rencontré sur le tard. Un RDV est pris pour une rencontre. Lui et sa femme sont très chaleureux, ils me mettent à l’aise. En discutant il m’explique son parcours de vie et je le découvre, il est plutôt loquace, tout le contraire de mes deux parents. Il a « la niaque », un caractère bien trempé et il n’est pas langue de bois. Je me découvre des traits de caractères en commun. C’est surprenant, je ne m’attendais pas à ça, c’est au-delà de mes espérances. On parle de mes parents et de mon père. Il me montre des photos et finalement c’est encore mon frère qui lui ressemble le plus à 20 ans, c’est même impressionnant selon ma mère. Mon frère lui n’a pas souhaité le rencontrer. Jacques reste ouvert et respecte son choix. Deux de ses trois filles travaillent dans la même branche que moi, ça nécessite beaucoup d’empathie. Je trouve ça intrigant, c’est peut-être héréditaire ? Aujourd’hui on s’échange régulièrement des nouvelles, j’ai l’impression qu’il fait un peu partie de ma famille bien qu’il m’est impossible de le mettre au même niveau que mon père. Ça serait plus comme un oncle retrouvé.

Finalement je suis très heureuse d’être une enfant issue de don. J’ai été désirée et aimée par mes deux parents. Et je peux me vanter d’avoir un arbre généalogique à trois branches. La rencontre de Jacques a permis d’apaiser mes craintes et interrogations. Cette année, mon mari a décidé de lui-même de donner au CECOS, je suis très fière de lui et de sa démarche. Comme on est au clair sur la notion de don et de non-filiation, il va donner de manière non-anonyme afin que les enfants IAD puissent avoir réponses à leurs questions plus tard, s’ils le souhaitent.

La rencontre à point nommé

La rencontre à point nommé

Je suis né à Tunis en 1978 d’un père tunisien et d’une mère française. Il paraît que j’ai été désiré. Je suis fils unique.
Durant dix huit ans, je suis bien entouré et dois toujours répondre de mon apparence pas très maghrébine. Toujours à devoir se justifier, à être moitié tunisien, moitié français. Un assemblage de moitiés.
Très jeune, je soupçonnais une anomalie, que je ne pouvais expliquer.
En me regardant dans la glace, je pouvais déceler des ressemblances avec ma mère, mais aucune avec mon père.
Il m’est arrivé que l’idée de l’adultère traverse mon esprit, et en ressorte aussi tôt. Je ne détenais aucune explication rationnelle à ce constat. J’ai composé avec cet état de fait.
A vingt ans, mon père décède d’une tumeur.  Je vis alors à Paris, étudiant dans le même domaine que le sien.
Les années qui vont suivre seront compliquées. Je fais les mêmes études mais n’aspire pas à exercer la profession de la même manière. Un besoin de rupture dans la continuité.
A travers les proches et la famille, je sens bien l’encouragement à être dans les pas de mon père.
Ce dernier était un grand bonhomme, qui a œuvré, avec un dévouement sans comparaison aucune, pour son pays et son champ d’activité.
J’en étais l’héritier sans vouloir l’être. Chose banale.
Lors de son décès, j’étais surtout triste pour ma mère. J’étais trop jeune pour mesurer ses qualités humaines. C’est à travers le témoignage de ses étudiants, proches, que j’ai eu le sentiment de mieux le connaître. L’adolescence n’étant pas propice à cela.

Mes études se finissent, le temps s’écoule, je travaille… Et je suis à la veille de mes quarante ans.

Un soir à Paris, je croise le chemin d’une jeune femme qui me raconte comment elle a découvert que son père n’était pas son géniteur et que ce dernier a pris contact avec elle. Elle me raconte des choses…qui réveillent des doutes enfouis en moi.

Concours de circonstances : quelques jours plus tard, je suis amené à prendre une décision importante dans mon travail et rompre avec mon associé.
Ce même jour, pour en faire part à ma mère, une question connexe fuse avec spontanéité :
–    Est ce que mon père est mon père ?
–    Oui, bien entendu que c’est ton père.
–    Je reformule la question : est ce que mon père est mon géniteur ?
–    Silence …

Là, j’ai saisis que je touchais à une vérité importante.
Là, je découvrais que j’ai été conçu par PMA avec tiers donneur au sein d’un CECOS.
Là, je découvrais ce que signifiait un CECOS.
Là, à l’ère d’internet, j’interrogeais mon moteur de recherche.

Très vite, Je parcours sur le site d’une association le témoignage de nombreuses personnes partageant mon vécu et en quête de vérité, de réponses.
Cette découverte me sera salutaire. Elle me permettra de rencontrer d’autres comme moi. De ne pas être seul, isolé dans cette quête.

J’ai envie de savoir. J’ai envie de savoir dans quelles circonstances mon « donneur » a fait ce geste. J’apprends que les CECOS avaient une charte, et que celle ci a pu être bafouée. Des témoignages ultérieurs me le confirmeront.

J’ai su que des test ADN dits « récréatifs » existaient, illégaux en France, mais seule chance de possiblement obtenir une réponse à mes interrogations.
Et si j’avais appris mon mode de conception à vingt ans ? Une époque où ces tests n’existaient pas ? Aurais je été piégé dans cette zone trouble durant des années ? Comment l’aurais je vécu ? Comment me serais je construit ?
Le fait est que je l’ai appris tard. Que j’ai brisé un secret de famille. Qu’on ne soit pas venu me le dire. A moi de saisir à présent ma vie et de tenter de me saisir d’une vérité. Qui est cette personne ? Pourquoi ce don, comment ? A quoi ressemble t elle, que je puisse me regarder plus sereinement dans la glace.

J’ai passé commande de test ADN. J’ai reçu le kit. Je devais y déposer ma salive. Une fois l’éprouvette remplie comme demandé, il fallait poster la boite. Et là, un doute m’envahit. Je m’apprête à participer à une loterie dont je ne sais si je serais gagnant d’un lot et si lot il y a, de quel lot ?
Poster ce paquet est une participation sans retour. C’est se jeter dans l’inconnu avec l’espoir de connaître, et le risque d’être déçu.

Je tente. Qui ne tente rien n’a rien. Je veux savoir, être fixé, avancer.
C’est posté. Il en sera de même pour trois tests différents, afin de maximiser mes chances d’obtenir des réponses.

L’attente est longue, mais les dés sont jetés.
Et voilà que les premiers résultats tombent. Rien de significatif. Je me contente d’observer mes origines ethniques qui n’ont aucune trace de sang arabe, moi qui porte un prénom et nom très marqué. Je m’amuse à dire que je suis un bel imposteur.

Je pars en voyage en mer oublier ces évènements qui ont chamboulés ma vie.

Une année s’écoule, durant laquelle je croise une jeune femme avec qui je me lie.

Et à l’été 2019, un nouveau résultat tombe : Un demi frère ou oncle, soit 26% d’ADN partagée. Stupeur ! Palpitations ! Il se passe quelque chose.
Je suis tout excité et inquiet. J’en fais part à ma compagne.
Sur la plateforme des tests, il y’a la possibilité d’écrire un message. Je pensais le faire le lendemain à tête reposée. Mais non, il me faut désamorcer tout doute, ou inquiétude. J’écris à la compagne de cet homme ,car elle gère son profil , pour expliquer ma situation, ma quête, mes attentes. A savoir, la volonté de connaître mes origines biologiques.

Ce jour là, j’avais identifié le fils de mon « donneur ».  Il a une sœur. Ce jour là, je n’étais plus enfant unique, j’avais un demi frère et une demi sœur.

Depuis, j’ai pu les rencontrer et un lien s’est crée, tissé avec le temps.
Je me souviens encore de la première rencontre. L’appréhension qui prédomine, la curiosité, la recherche de ressemblances, la crainte de bousculer l’autre. Comment faire ? Comment fait on ? Il n’existe pas de mode d’emploi. Est ce que cette première rencontre va s’arrêter là ou pas ?

Deux années s’écoulent, pendant lesquelles je suis amené à voir mon demi frère plus régulièrement car il travaille à Paris. Deux années qui auront aussi été marquées par la pandémie du Covid 19 qui a retardé nos projets de rencontre avec les parents.

Déjà, moi qui avais été conçu en 1978, craignais que mon « donneur » soit décédé. Ce n’était pas le cas. Vivant et bien portant, toujours avec son épouse.
Avant même de le rencontrer, j’ai su que son don était destiné à aider un couple d’amis en parcours de PMA, en accélérant leur requête. Il était marié, avait le consentement de son épouse et était père.
Sachant cela, j’étais soulagé ! Cette information était à mes yeux primordiale, bien plus que de savoir qui il est. Mais déjà, cela me disait de lui qu’il était une belle personne (ainsi que son épouse).

A l’occasion d’un déconfinement, mon « donneur » et son épouse sont venus à Paris. Et la rencontre a enfin pu avoir lieu.
Lui, qui était très attaché à l’anonymat de son geste s’est retrouvé face à moi. Il m’a redit son attachement à cet anonymat.
Mais alors que j’avais usé de manière illégale de ces tests dans une optique précise, il se trouve que son fils l’a reçu en cadeau illégalement aussi.
Nous étions tous les deux coupables.
Coupables d’une belle relation qui s’est instaurée, coupables de belles rencontres. Coupables de surprises heureuses. Coupables de vivre une belle histoire.
Et dans cette culpabilité heureuse, j’inclus son épouse, ses enfants, sa sœur, ses enfants à elle (que je n’ai pas encore rencontré à l’heure où j’écris ces lignes, mais qu’on envisage).

Le jour où j’ai brisé ce secret de famille et découvert mon mode de conception, j’ai éprouvé un soulagement furieux, une colère douce. J’avais franchis un mur.
Et me retrouve face à un autre, celui de l’anonymat.
J’ai eu la chance de séjourner seulement un an entre ces deux murs.

A présent, je peux affirmer que ces découvertes, ces rencontres m’ont apporté de l’ancrage et de l’apaisement.
Ma tunisianité acquise s’est additionné à un inné des Deux Sèvres.
A présent, je sais qui voir dans la glace.
Maintenant que je sais qui il est, à quoi il ressemble, je ne m’embête plus trop avec les termes à employer pour le désigner. « Donneur », « géniteur », « père biologique », tout me va.
Et ayant été toujours désigné comme moitié Français, moitié Tunisien, je finis par ne plus supporter le fait d’être que la moitié de quelque chose. Alors le demi frère est un frère et la demi sœur est une sœur.
Quant à mon « père biologique », je suis fier de lui. Il a fait un beau geste. Il a fait de beaux enfants qui sont de bons parents et qui ont de beaux enfants. C’est une personne sincère et droite. J’ai envie de lui dire merci au nom de mes parents, à qui il a permis la parentalité. Et récemment, je me suis interrogé sur la possible contribution à mon prénom.
Je suis surtout fier d’avoir atteint une vérité factuelle, essentielle, de l’avoir rencontrée.
C’est une manière de faire la paix avec soi même.

Je le remercie, lui, son épouse, ses enfants pour m’avoir permis cette issue heureuse, que je souhaite à toutes celles et tous ceux qui partagent cette quête de vérité et des origines.

C’est quoi tes origines ? – Adeline, 30 ans

« C’est quoi tes origines ? » Pour certains, la réponse coule de source. Ils répondent du tac au tac, plus rapides qu’un participant à Questions pour un champion. Je ne sais pas s’ils s’entraînent depuis tout petits ou si la réponse leur vient naturellement aux lèvres. De mon côté, j’ai toujours buté dessus, mais il me fallait bien échafauder une réponse, parce que parler de ses origines, c’est avant tout raconter son histoire.

Mon père est né au Portugal, ma mère en Sicile, mais est-ce pour autant que j’ai des origines portugaises et siciliennes ? Moi qui suis née en région parisienne, qui deviens écarlate au moindre rayon de soleil et qui ne sais pas dire plus de trois mots dans ces deux langues, quand vient le moment d’annoncer ces origines, je me sens l’âme d’une impostrice. Pourtant, je me fais violence en me disant que si mes origines tiennent au sang qui coule dans mes veines, alors oui, la source se trouve bien là-bas. Et puis, si je dois subir les blagues sur les Ritals et les poils des Portugaises, j’ai bien le droit de profiter aussi du potentiel exotique et romantique de ces origines !

Et puis, arrivée à l’âge adulte, alors que mon discours avait commencé à bien se rôder, voilà qu’une révélation vient tout bousculer. Ma mère m’avoue, après 28 ans de silence, qu’elle a dû avoir recours à un don d’ovocytes pour m’avoir. Le choc n’est pas si brutal, car immédiatement me reviennent plusieurs souvenirs qui commencent à s’emboîter comme les pièces d’un vieux puzzle qu’on aurait laissé prendre la poussière au grenier. Mes parents se sont rencontrés lorsqu’ils avaient 15 ans et ne m’ont eue qu’à 37 ans. Je sais qu’ils avaient entamé une procédure d’adoption avant qu’on leur parle de nouvelles possibilités de PMA. Ils m’ont parlé de FIV lorsque j’étais au collège, mais lorsque j’ai commencé à poser des questions techniques, ma mère m’a fait taire brusquement. Comme ce n’est pas dans ses habitudes, j’ai compris qu’il y avait quelque chose de douloureux pour elle autour de ma naissance, et n’en ai donc plus jamais parlé.

Cela me fait du bien d’écouter ma mère me parler de tout ce qu’elle a pu traverser, de ses doutes, de ses blessures et de ses joies. À elle aussi. Elle m’avouera d’ailleurs une semaine plus tard qu’elle a l’impression qu’un poids a enfin quitté ses épaules. Pourquoi s’imposer un tel châtiment ? Et pourquoi laisser vivre son enfant dans l’idée que sa venue au monde ait pu être source de souffrance, alors que c’est tout l’inverse ? Je sais qu’il existe plusieurs réponses à celà (honte de l’infertilité, tabou du don, peur du rejet…), mais je sais aujourd’hui qu’aucune ne justifie les répercussions qu’entraîne inévitablement un tel secret.

Quoi qu’il en soit, l’histoire de mes origines commence à ressembler à quelque chose. J’ai le cerveau en ébullition, un grand sourire sur les lèvres et je n’arrive à me concentrer sur aucun autre sujet. Soudain je remarque quelque chose: il manque un chapitre à l’histoire. Ce que je viens d’apprendre, c’est que le sang qui coule dans mes veines, en fait, je n’en connaîs que la moitié. Alors je suis d’origine portugaise, mais plus sicilienne, c’est ça ? Mais alors, je suis quoi ? Et ce que m’a transmis ma mère, même si ce n’est pas de l’ADN, ce sont quand même mes origines, non ? Que dois-je répondre maintenant, comment je raconte mon histoire ?

Face à ces questions, chacun réagira différemment. Pour ma part, j’ai laissé l’information faire son chemin lentement dans mon cerveau. Une histoire, ça ne s’écrit pas à la va-vite, il faut prendre le temps d’apprécier chaque étape et d’être sûr du chemin qu’on prend, surtout quand il peut affecter d’autres personnes. Un an plus tard, mon choix était fait. S’il y a une possibilité, même infime, de savoir qui est à l’origine du don qui a permis ma naissance, je veux la saisir. Pourquoi ? Pour compléter l’histoire de mes origines, mais aussi pour me prouver que ma conception n’est pas qu’un parcours médical douloureux, c’est également une histoire humaine, une histoire de générosité, voire même de sororité.

J’ai donc commandé un test ADN et entamé la longue attente entre l’envoi des échantillons et la réception des résultats. Lorsque ceux-ci sont enfin apparus sur l’écran de mon smartphone, mon cœur battait la chamade. Je suis bien à moitié portugaise. Et si je ne suis effectivement pas sicilienne, j’ai découvert avec stupéfaction que l’autre moitié de mon ADN est tout de même bien « rital » ! L’outil a même identifié que plus de 20% de mon patrimoine génétique viendrait de Sardaigne. Cette découverte m’a bouleversée. D’abord parce que j’étais profondément heureuse de sentir une connexion géographique avec ma mère. Ensuite parce que je me suis rendu compte que je ne connaissais absolument rien de la Sardaigne. Ce qui avant n’était pour moi qu’une île entre la Corse et la Sicile est aujourd’hui devenu l’un des décors de l’histoire de mon ADN. Je sais que j’ai des heures de lecture devant moi, voire des visites à prévoir pour découvrir ce nouveau monde, et j’en suis tout excitée !

Non, je n’ai pas encore trouvé celle à qui je dois ce nouveau patrimoine génétique, peut-être ne la trouverai-je jamais. Et si je la trouve un jour, je ne sais pas encore ce que nous pourrons nous dire, mais j’espère qu’elle acceptera de me raconter un peu l’histoire de ses origines à elle.

Je pense que je me sentirai toujours autant dans l’imposture, que je me dise sarde, sicilienne ou portugaise. Mais qu’importe ! Ce que j’ai compris, c’est que la réponse à cette question est bien trop complexe pour se résumer en une phrase, surtout dans mon cas. Alors j’irai au plus simple la plupart du temps, mais quand j’en aurais envie, je pourrais aussi y répondre vraiment, sans en avoir honte et en prenant tous les détours possibles, parce qu’aujourd’hui je les connais.

S’il y a bien quelque chose que ces dernières années m’ont appris, c’est que l’humain a besoin de se raconter. Il a besoin d’une histoire bien à lui, aussi inhabituelle et étonnante qu’elle soit, pour donner un sens à son existence.

Les Tests ADN, de la curiosité à la surprise

Les Tests ADN, de la curiosité à la surprise

Je m’appelle Frédéric, j’ai 46 ans. J’ai appris il y a 6 mois que mon père n’est pas mon père biologique !
Tout a commencé par le visionnage de cette superbe vidéo où des personnes fières de leurs origines découvrent que finalement la réalité est toute autre.

https://youtu.be/GgK_DCbRxLM

Piqué par la curiosité, je décide de faire ce test pour découvrir mes origines ethniques éloignées. Ma famille maternelle et paternelle ayant réalisé des arbres généalogiques sur plusieurs générations remontant au 18ème siècle, je m’attends à être assez peu surpris par le résultat.

Arrivent les résultats tant attendus.
Je découvre dans un premier temps mes origines ethniques qui correspondent plus ou moins à ce que j’avais imaginé. Les « matchs » de personnes quant à eux sont plus surprenants, deux personnes identifiées comme des cousins issus de germains apparaissent en top liste. Etant très proche de ma famille et connaissant mes cousins issus de germain au 1er et 2ème degré, je suis très étonné de ne pas connaitre cette branche, ni même ces noms de famille.
Lors d’un séjour chez mes parents, je leur montre les résultats et évoque mon étonnement. Ils ne semblent pas curieux ni même intéressés et balayent le sujet rapidement sans que cela suscite chez moi une interrogation…. Je passe à autre chose en remettant en doute la pertinence des résultats.

2 mois après, mes parents demandent à me parler en tête à tête et me dévoilent ce lourd secret : Mon père n’est pas mon père biologique.
Mes parents m’expliquent ensuite qu’après plusieurs années de tentatives infructueuses, le spermogramme réalisé par mon père avait révélé une azoospermie complète.
Passé le choc du diagnostic, le seul moyen pour eux d’accueillir un enfant était d’adopter ou de passer par une PMA. Mon père étant dans le corps médical dans un service de gynécologie, il savait que le premier CECOS français créé à Necker en 1973 commençait à réaliser les premières PMA à partir de donneurs anonymes.
Une fois la décision prise et l’insémination réalisée, mes parents ont fait le serment de conserver ce secret jusqu’à leur mort et de ne le révéler à personne, ni famille, ni ami. Seul un courrier, rédigé par mes parents à mon attention devait m’être donné par notre notaire après leur décès.

Au-delà de l’annonce… terrible… mon premier sentiment est allé vers mes parents et ce lourd secret qu’ils ont dû porter pendant plus 45 ans. J’imagine tous ces moments passés…entre la naissance où l’on s’extasie devant le nouveau-né en lui trouvant des ressemblances avec tel ou tel ancêtre, et puis tous leurs amis ou familles qui ont pu traverser les mêmes difficultés et qu’ils n’ont pu réconforter en partageant leur expérience. Quelle douleur !

Je ne leur en veux absolument pas et comprends parfaitement leur décision d’avoir gardé ce secret. Il faut se remettre dans le contexte de l’époque ou la PMA était extrêmement mal vue et même considérée comme un adultère. Quelle aurait été la réaction de ma famille, plutôt traditionnelle et classique, m’auraient-ils rejeté, aurais-je été considéré comme le bâtard de la famille ? Les psychologues et obstétriciens de l’époque conseillaient vivement aux parents de ne surtout pas révéler le secret.
Le monde a tellement changé depuis, je ne suis pas là pour juger !

Mes parents repartis, je me suis retrouvé seul chez moi … interloqué et face à un miroir, à me demander qui j’étais réellement et d’où pouvaient venir ses traits physiques et de caractères que je ne retrouvais pas chez ma mère et qui devaient naturellement venir de mon donneur.

Très rapidement, j’ai eu le besoin d’en parler à mes amis, puis rapidement à qui voulait bien l’entendre. Les premiers retours, mise à part la sidération, ont été extrêmement positifs et emprunts d’affection. Plusieurs ont souligné le courage de mes parents de faire le choix de la PMA, de garder pour eux ce secret pour me protéger.
S’il doit y avoir une évidence, c’est que je suis un enfant désiré … c’est cela que je retiens de plus important.

Passé la sidération, j’ai eu un besoin viscéral de connaitre mes origines, un nom, un visage, une profession, une origine ? Il ne se passait pas une heure sans que j’y pense.

Très rapidement, j’ai commencé à effectuer des recherches et pris contact avec ces deux « cousins » avec lesquels le match était important (+3%).

C’est à partir de ce moment que tous les événements se sont enchainés les uns après les autres avec une facilité déconcertante ! Une bonne étoile était avec moi.

Ces deux « cousins » ont été sensibles à ma quête et m’ont autorisé à consulter leur arbre généalogique qui s’est révélé être très complet.
Après plusieurs recherches et croisements, je suis tombé de façon certaine sur l’identité de mes « grands-parents biologiques » qui, au travers de leur acte de décès, m’ont permis d’avoir l’identité formelle d’un de leurs enfants…. et un numéro de téléphone.
…C’était un lundi soir.

Mardi soir, prenant mon courage à deux mains, j’appelle ce numéro et explique mon histoire à mon interlocuteur (qui s’est avéré être mon « oncle biologique »). Très ému par ma présentation, il me révèle qu’effectivement son frère ainé avait fait des dons de sperme alors qu’il était militaire sur Paris en 1974.
Quelques minutes après mon appel, j’avais le prénom et le numéro de téléphone de mon donneur.
Après une grande inspiration et quelques notes gribouillées sur un papier, je décide de l’appeler.
Il décroche…
Je me présente…
Il rigole nerveusement et me dit « Je savais qu’un jour ou l’autre ça allait me tomber dessus » et ajoute « Salut mon Gars, ravi de faire ta connaissance ». Nous sommes émus, on s’envoie des photos en direct et il m’invite à venir diner chez lui en région parisienne.

Jeudi soir, je suis devant son portail, je sonne, on se regarde, on se jauge, on rigole, nous nous prenons dans les bras… Quelle émotion indescriptible !

Il m’invite à le suivre, nous traversons sa maison et je découvre dans le jardin sa femme, sa fille et son gendre qu’il avait convié à l’événement.

Moi qui avais toujours souffert d’être fils unique, je me découvre une demi-sœur !

Le reste de la soirée est floue, le stress et la singularité de l’événement m’ont embrouillé la mémoire…. Dire que 4 mois avant, je faisais un simple test ADN pour m’amuser de mes origines !

Depuis, nous continuons à nous voir, mes parents ont été mis au courant et mes enfants ont intégré cette « nouvelle composante de notre famille ».

Je tenais à témoigner de mon expérience car j’ai le sentiment, conscient ou inconscient d’avoir « complété mon puzzle », et d’avoir enfin trouvé la pièce manquante.

Rétrospectivement, depuis que je suis enfant, j’ai toujours eu l’impression d’être différent, de ne pas connaitre une partie de moi-même, d’avoir une part d’ombre et d’inconnu.

Je pense avoir trouvé la réponse à mes questions.

Témoignage Frédéric

Conçu au CECOS de Rennes en 1991 grâce à un donneur porteur d’une mutation BRCA1

J’ai été conçu au Cecos de Rennes en 1991, et ai appris récemment que mon géniteur m’a transmis sans le savoir une mutation génétique favorisant les risques de cancer (BRCA1).

J’ai toujours connu mon mode de conception. Je parle librement de la PMA avec mon entourage, souvent de manière légère ou taquine. Il faut reconnaître que le don de gamètes est un terreau fertile pour les blagues douteuses. L’identité de mon géniteur est une question distincte, dont l’idée même demeure diffuse jusqu’au début de mes études de droit. Je suis persuadé adolescent que je ressemble beaucoup au donneur, puisque je ne me reconnais pas vraiment dans ma famille. Impossible de pousser plus loin la réflexion puisque l’anonymat du don s’impose, et s’imposera jusqu’à ma mort. C’est au détour d’un cours de droit des personnes que j’ai découvert les zones d’ombres de ma conception. La première loi encadrant la PMA avec tiers donneur date de 1994, 3 ans après ma naissance !

Ce vide juridique ne signifie pas que les abus sont systématiques avant 1994, simplement qu’ils existent. La PMA étant encadrée et contrôlée par les médecins eux-mêmes, comment savoir si la limite éthique de 10 enfants par donneur, fixée 3 ans plus tard, est déjà respectée ? Comment savoir si mon géniteur est en bonne santé ? Et même s’il est en pleine forme au moment du don, que se passe-t-il si une maladie génétique s’exprime après plusieurs décennies ? Ces interrogations impersonnelles sont alimentées par un sentiment d’injustice, cette impression dérangeante qu’un élément fondamental de mon identité m’a été retiré avant même ma naissance. L’État a formé des médecins, offert des locaux qui ont permis ma conception. L’acte est remboursé par la Sécurité Sociale. Pourtant l’État me dissimule la réalité de ma propre conception et m’impose un anonymat auquel je n’ai jamais consenti. Ce secret peut sembler justifié pour protéger un enfant voire un adolescent, même si c’est déjà abusif. Il est incompréhensible lorsque la personne conçue devient un adulte, un père, un citoyen disposant du droit de voter et du devoir de payer ses impôts.

Il y a quelques années j’ai compris qu’il est possible de reprendre le contrôle, de jouer un rôle actif. Les tests ADN me permettent désormais d’identifier mon géniteur. Plus de deux ans de recherches ont été nécessaires, mais ça valait le coup à tous points de vue.

J’ai découvert un géniteur très sympathique et ravi de ma recherche : « Tu as bien fait de me trouver ». Il m’a informé être porteur d’une mutation génétique favorisant l’apparition de cancers précoces. Le gène en question a été découvert dans les années 1990 et a été repéré récemment dans la famille, il n’avait donc aucun moyen de savoir qu’il pouvait le transmettre au moment de son don. J’ai foncé chez une généticienne, et au bout de quelques mois le résultat est tombé : j’ai bien hérité de la mutation familiale. Au fond c’est une excellente nouvelle. Sans cette enquête passionnante je n’aurais jamais eu connaissance de l’existence d’une mutation que je porte pourtant depuis ma conception. J’aurais peut-être découvert seul cette mutation, mais trop tard, grâce à un cancer précoce ravageant mon corps ou celui de mes enfants. J’ai eu la chance de pouvoir me faire dépister, et à l’avenir mon fils aura aussi cette opportunité. Désormais je sais que je dois être contrôlé régulièrement.

Dès notre première discussion téléphonique j’ai proposé à mon géniteur de contacter le CECOS de Rennes. Il existe une procédure mal connue, rarement enclenchée, consistant à contacter toutes les personnes conçues à l’aide d’un donneur porteur d’une mutation génétique grave. Je pense que nous avons tous les deux une responsabilité à leur égard. Lorsqu’une telle mutation apparaît dans une famille il est vivement conseillé de transmettre l’information à ses proches. Ces proches sont des étrangers, mais nous sommes tous solidaires face au risque de cancer. Le CECOS a reconnu qu’en l’espèce la communication est absolument nécessaire, et toutes ces personnes seront contactées. Certaines ignorent sans doute leur mode de conception, aussi j’imagine bien que la nouvelle sera bouleversante. Peut-être que certains de ces demi-frères et demi-sœurs biologiques liront ce témoignage, et contacteront cette association qui m’a tant aidé ?

Photo témoignage donneur Rennes 1991 BRCA1 mutation