Témoignages de personnes conçues par don

Margaux – 29 ans – CECOS de Rouen

Je pense, du plus loin que va ma mémoire, avoir toujours su mon mode de conception diffèrent de la norme.

À 4-5 ans, mes parents m’ont emmené voir une psychologue car d’après eux je demandais « d’où je venais et comment j’étais venue ». Afin d’éviter un secret de famille inutile, ils m’ont toujours expliqué que mon père ne pouvant pas avoir d’enfants, ils avaient fait appel à l’aide extérieure « d’une banque de graines de papa ».

J’ai vu cette psychologue pendant des années. Et j’allais bien.

Plus tard, aux prémices de mon adolescence, et malgré le fait d’avoir toujours su mon mode de conception, des questions ont commencé à me parasiter le cerveau :
« D’où je viens ? »
« Quelles sont mes origines au final ? »
« Pourquoi moi je ne peux pas répondre quand on me demande mes antécédents médicaux ? »
« Pourquoi je ne pourrais pas savoir à quoi ressemble mon donneur ? »
« Est-il quelqu’un de bien ? »
« D’autres enfants sont-ils nés de ses dons ? »

Et bien d’autres questions dont je n’ai, à l’aube de mes 30 ans, toujours pas les réponses.

D’après moi, quel que soit l’âge de découverte de son mode de conception, le réel problème est la quête de personnalité, d’origines, d’antécédents et non pas une quelconque recherche de réponses à un secret de famille.

La loi doit évoluer, la loi doit changer, maintenant. Afin d’éviter à d’autres de vivre ce que nous vivons.

Marie – 52 ans

Je ne croyais plus que je trouverais mon donneur. Conçue à Paris par don de sperme, je suis née en 1965 et j’ai grandi en Allemagne. J’ai cependant voulu faire tout mon possible pour connaître mes racines bien que je ne sois pas à la recherche d’un autre père. Sur le plan émotionnel, mon père, c’est mon père social.

En faisant un test ADN cette année (2018), j’ai trouvé une demi-soeur qui est la fille de mon donneur. J’ai appris que mon donneur était décédé, mais grâce à ma demi-soeur j’ai maintenant des photos et des histoires. Mon donneur était un médecin issu d’une famille juive émigrée de l’Europe de l’Est. Il a travaillé un temps à Paris dans les années 60.

C’est maintenant que je me rends compte de quelle signification ça a pour moi. Je crois qu’on ne peut pas faire autrement que de se poser ces questions : Qui est-il ? Comment est-il ? Est-ce que c’est quelqu’un que je peux respecter ? Et ça fait du bien d’avoir des réponses. Je me sens plus calme, plus apaisée maintenant. Ça me touche profondément de voir l’image d’un père à qui je ressemble physiquement. Je suis heureuse de pouvoir le montrer à mes enfants.

L’important pour moi c’est d’avoir une image d’un homme réel. De ma demi-soeur, envers qui je suis profondément reconnaissante, j’apprends des choses bonnes et des choses moins bonnes au sujet de mon donneur. Cela me permet de mieux me définir. Je crois que ce que je cherchais c’était d’avoir une image interne de mes trois parents pour pouvoir me définir, pour savoir à qui je ressemble ou pas, à quoi je m’identifie ou au contraire par rapport à quoi il me faut développer quelque-chose de different, de nouveau. Cela me permet d’avancer.

Je crois que c’est un travail psychique que tout le monde fait avec ses parents et ses ancêres, même si ceux-ci sont morts, et même s’il n’y a que des histoires, des images et des mythes: un travail d’identification et de séparation. Les personnes nées par don sont privées de la possibilité de faire ce travail. Si on ne sait rien, on est enfermé dans le fantasme, hésitant entre idéalisation et peur.

Maintenant que je sais, cela me trouble moins.

Marie

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Date du témoignage : 4 octobre 2018

Cécile – 34 ans

J’ai appris à 34 ans mon mode de conception.
J’ai pensé chouette, la clef à toutes mes questions.
La distance de mon père, la tristesse de ma mère.
Le sacrifice par amour d’un mari envers sa chérie,
Au besoin de maternité face à sa stérilité.
L’incompréhension du coût de ma procréation.
L’impossibilité d’une relation entre êtres aimés.
La non gratuité de sentiments forcés.
Mes parents jamais ne l’ont été réellement.
Leur enfant jamais je ne le serai pleinement.
Ce secret les a minés,
Détruis comme ils me l’ont dit.
Ce secret les a abîmés,
Aigris sans doute à jamais.
Seulement me voilà,
Je suis maintenant là.
Toute cette culpabilité qu’ils me font porter,
Ne m’a pas, bien au contraire, empêchée de pousser.
Moi, l’enfant IAD je suis devenue quelqu’un.
Même si il me manque en moi une partie qu’on m’interdit.
Moi, l’enfant IAD j’aimerais qu’on lève le voile sur un,
Celui qui m’a donné la moitié qui me pose question.
Même si c’est un branleur,
Je voudrais l’apprécier à sa juste valeur.
Même si l’anonymat à l’époque était roi,
Qu’il se lève pour moi.
Des tests ADN je fais et ferais,
Pour toi, te retrouver.
23andme, ancestryDNA,family tree,
Si ils peuvent me permettre d’être free.
Moi, l’enfant IAD, la joie que j’ai pu procurer,
Vaut elle ce secret enduré toutes ces années.
Que la vérité soit faite sur notre identité.
Elle n’appartient qu’à nous, c’est sa définition,
Pas aux lois protégeant notre mode de procréation.
Merci à vous tous, qui en ces quelques vers comprenez,
Toute la complexité qui entoure la personne IAD.

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Date du témoignage : 16 août 2018

Inès – 26 ans

Je suis née en 1991 en clinique d’un don de sperme provenant du cecos du Kremlin Bicêtre à Paris.

J’ai appris ma conception il y a seulement un an. Face à l’insistance de mes questions, ma mère a fini par me révéler mon mode de conception.

En effet, physiquement je ressemble très peu à ma mère et pas du tout à mon père, et je ne lui ressemble pas non plus en terme de personnalité.

Cette non ressemblance physique m’a travaillé intérieurement pendant toute mon adolescence et jusqu’à il y a un an. J’avais du mal à comprendre comment le mélange de mes deux parents avaient pu aboutir à une personne avec mon physique. Je savais qu’ils avaient eu du mal à m’avoir et m’étais donc déjà demandé si mon père n’était pas quelqu’un d’autre et même si je n’avais pas été adoptée.

La révélation de ma conception a donc éclairé et donné du sens à mon passé: notamment concernant ma relation avec mon père, sa famille et ma belle-mère.

Je suis fille unique et mes parents se sont séparés quand j’étais enfant.

Cependant, se sont immédiatement posées d’autres questions essentielles: qui est le donneur ? Comment est-il ? Quel métier fait-il? Et qu’est-ce qui l’a poussé à faire ce don.

On a dit à mes parents que les donneurs étaient tous des pères de famille (information invérifiable). J’aurai donc des demi-frères et soeurs. Il est également possible et même très probable que j’ai des demis-frères et soeurs comme moi issus d’une PMA avec ce même donneur.

J’ai très rapidement rejoins l’association PMAnonyme qui rassemble des personnes dans la même situation que moi et souhaitent elles aussi accéder à leurs origines. Cela m’a en effet semblé une injustice immense que d’être privée de ces informations sur mon donneur et de devoir vivre avec ces questions sans réponses.

Il me parait inconcevable d’être amputé de la moitié de notre identité génétique et de ne pas avoir accès aux antécédents médicaux du donneur. Sans parler des risques de consanguinité possible… Cela concerne aussi ce que je transmettrai à mes futurs enfants.

Sur le plan médical, il faut aussi savoir qu’il n’y a aucun suivi des enfants nés de dons: mes parents n’ont jamais eu aucun contact du cecos après ma naissance, et de même il n’y a aucun suivi de l’état de santé des donneurs (alors que des maladies graves et héréditaires pourraient s’être déclarées).

Aussi, j’espère que l’accès aux origines sera bientôt possible en France. En attendant j’ai fait un test adn sur Familytreedna qui n’a rien donné pour le moment, et j’attends les résultats d’un autre test sur 23andme.

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Le prénom a été modifié à la demande de l’intéressée.
Date du témoignage : 20 janvier 2018

Victoire 24 ans

Victoire 24 ans
L’année de mes 18 ans, j’ai appris une nouvelle qui a bouleversé une partie de ma vie.
Un jour, mes parents nous ont rassemblées mes deux soeurs et moi pour nous parler.
Les phrases ont été les suivantes : « Papa est stérile, papa n’est pas papa, vous êtes nées par insémination artificielle avec donneur ».
Tout s’écroule.

Mes soeurs et moi étions sous le choc. Ma soeur cadette a qui on avait dit pendant 15 ans qu’elle ressemblait a mon père a lâché dans la minute qui suivait : « Je suis donc l’exclue, je ne ressemble à personne ! »
Pendant une semaine je n’ai pas pu me regarder dans un miroir : « Qui je suis ? D’où je viens ? » Tout devient flou, à en arriver à se rabaisser : « Je ne suis pas normale  »
Mais la question qui demeure après quelques années est toujours: Qui suis je.
Je ne recherche pas un papa ni un père loin de là.
Je veux juste comprendre. Me comprendre. D’où je viens? Connaître mon patrimoine génétique. Ne plus redouter la question inévitable du médecin : « vos antécédents familiaux ?? »
Je ne cache pas que je donnerais n’importe quoi pour avoir une photo, pour m’identifier, peut être me comprendre tout simplement !
Quel métier fait il ?Qu’est ce qui l’a poussé à faire ce don ?
Toutes ces questions deviennent une torture.

Quelles frustrations de savoir que les CECOS ont derrière leur guichet les réponses à nos questions, et qu’ils ne les donnent pas !
Peut être que bientôt ces souffrances cesseront grâce à l’association PMA.

Clément

ROUSSIAL Clément. Etudiant en droit.
Le bonheur que peut apporter la naissance d’un enfant dans un couple est immense; mais il crée aussi beaucoup de problèmes comme un lourd secret à garder.
Les médecins ont pensé aux couples mais pas aux conséquences que cela pourrait avoir sur les enfants.

Je suis né grâce a un don de sperme.
Mes parents m’en ont informé à l’age de 12 ans. Cette révélation a changé ma vie !

A l’heure actuelle, mon histoire s’arrête là car le don est anonyme.
Une partie me manque pour me construire, c’est comme un puzzle dont j’aurais perdu les pièces centrales.
Ce qui est très dur, c’est que les informations existent mais ne peuvent m’être délivrées.
Même si les liens affectifs sont plus forts que les liens génétiques, j’aimerais avoir des informations sur le donneur. Mon souhait n’est pas de le rencontrer car il a sa propre vie, mais d’avoir des renseignements sur son physique et ses activités.

Parce que ne pas avoir accès à ses propres origines n’est plus possible, cette association existe.

Alicia 20ans

Il y a 20 ans, j’ai été conçue grâce à un don de gamètes.
Mes parents ne regrettent rien car ils m’aiment et pour moi ce sont MES parents.
Il faut bien faire la différence entre parent et géniteur.
Nous ne demandons pas de nouveaux pères mais juste un morceau de notre histoire.
Mes parents me l’ont dit tout de suite, ce qui m’a permis de vivre avec et de l’accepter.
Mais je ne vous cache pas qu’il est très difficile pour moi d’en parler.
J’ai toujours l’impression d’un manque, d’une solitude que je n’arrive pas à combler.

Pour mon père il est difficile de comprendre ce que je ressens. Pour lui c’est un peu une trahison, il a peur que je cherche un nouveau pére et ce n’est pas le cas.
Vous savez, être issue d’un don ne fait pas grande différence car mes parents m’ont voulue du plus profond de leur coeur et une personne a contribué à leur bonheur.
Je trouve cela admirable et je les remercie du fond du coeur. Mais pourquoi ne pas dévoiler leur gentillesse pour que l’on ait enfin quelqu’un à remercier ?

L’amour est le fruit de tous ces dons alors ne le gâchez pas en flirtant avec le secret car sachez qu’il est difficile de vivre, d’aimer, de s’épanouir, en ayant un trou dans sa vie.
Je veux juste écrire le début de mon histoire, sans X autour de ma naissance.

Bill CORDRAY – USA – né en 1945

bill Cordray
La définition d’adopté ne me correspond pas réellement.
Mes parents ne m’ont pas légalement adopté. Ma mère ne m’a pas confié à une autre famille. Néanmoins, je me suis longtemps considéré comme « émotionnellement adopté ». Comme un adopté, je ne connais pas mes racines. Enfant, j’ai vécu avec des secrets et des mensonges. Adolescent, je me suis construit une identité confuse. En tant qu’adulte, je ressens de la colère devant le pouvoir de l’institution arrogante qui me refuse l’accès à ma propre généalogie.

Comment me décrire et qui suis je ? Il n’y a aucun qualificatif satisfaisant pour décrire des personnes comme moi. Aux USA, le corps médical nous avait étiquetés « AID children » abréviation de « issus d’insémination artificielle par donneur ». Puis nous sommes devenus « DI children » pour éviter la confusion terrifiante avec les initiales AIDS du SIDA. Encore plus tard, nous sommes devenus « les progénitures » et finalement des « issus des techniques d’aide médicales à la procréation » ou « bébés éprouvettes » ou même « sperms ». Toutes ces étiquettes ont contribué à nous déshumaniser, à nous classer dans un groupe d’individus à part, dont les droits fondamentaux sont bafoués. Je veux crier comme Elephant Man « je suis un être humain »!

La vérité de ma conception m’a été dévoilée à 37 ans, quelques jours après la mort de mon plus jeune frère, issu lui aussi d’un don de sperme. Mon père était décédé un an plus tôt.
Un gynécologue expert en infertilité, avait à l’époque convaincu mes parents que je n’avais pas besoin de savoir la vérité, que je ne suspecterai jamais ce secret de paternité, et que le donneur devait rester anonyme pour toujours.
Alors, mes parents qui souffraient déjà de leur infertilité ont porté ce secret : un lourd fardeau bien inutile. Ils ont sincèrement cru nous protéger, moi et mes deux autres frères conçus par des DI.

Après avoir passé de longues années à essayer de persuader le corps médical de la légitimité de notre besoin d’origine, nous avons admis que seuls, nous n’y parviendrions jamais. Alors nous avons alerté les médias, et sans relâche, nous avons été à la télévision, avons fait des émissions de radio, parlé avec des journalistes de la presse écrite, participé aux groupes de soutien d’infertilité et aux conférences médicales.

Notre but est de persuader l’opinion de la similitude entre notre situation et celle des adoptés :
nous ne portons, certes, pas la douleur de l’abandon mais comme les adoptés, nous voulons être libre de pouvoir connaître nos origines.