Richard et Akram, au détour d’un test…

Je suis Richard… né en 1969.

Tout débute en mars 2019 quand des amis, à l’issue d’un test ADN récréatif réalisé via le site internet MyHeritage.com, nous révèlent leurs origines géographiques. Trouvant cette démarche intéressante, ma femme et moi décidons d’y recourir par curiosité.

Fin juin 2019, c’est dans un climat festif et familial que nous présentons pour mes 50 ans le document vidéo montrant nos origines géographiques à notre famille et nos amis.

Il est important de préciser que le second volet de ces tests ADN, qui permet d’établir des liens de parenté avec d’autres personnes inscrites sur le site internet en question, ne nous avait pas vraiment été exposé ou du moins nous l’avions certainement occulté…

C’est avec étonnement que la semaine suivante mon épouse reçut plusieurs mails indiquant des « matchs » avec différentes personnes. Un match en particulier retint son attention car la correspondance indiquait un taux important d’ADN commun avec mon test.

Étant absent toute la semaine, ce n’est que le vendredi suivant que ma femme m’informa de cette étonnante nouvelle.

Elle m’expliqua tout d’abord que le test récréatif que nous avions réalisé permettait d’être mis en relation avec des parents éloignés ayant en commun une correspondance ADN.

Dans son cas, de lointains cousins partageaient moins de 1% de son patrimoine génétique. Avant d’évoquer les mails me concernant, elle me demanda si je me rappelais du don de sperme qu’avait fait mon père il y a une quarantaine d’années. Je m’en souvenais. Nous savions tous les deux quand celui-ci avait eu lieu et dans quel contexte il avait été réalisé. Il n’y a jamais eu de secret à ce sujet.

Comprenant le rapport évident entre le don de mon père et ce test récréatif, je retins mon souffle, suspendu aux paroles de mon épouse…

D’un ton serein et apaisé, elle me révéla que mon test « matchait » avec plusieurs personnes à un faible taux ET avec UNE personne en particulier à hauteur de 26 %.

Ma femme venait de m’apprendre en quelques secondes l’existence d’un potentiel « demi-frère ».

L’émotion et la surprise laissèrent la place au doute. Était-ce une blague ? Quelle fiabilité pouvait-on accorder à ces tests ?

Depuis 42 ans, j’avais une unique sœur, et là on venait de m’informer par mail que j’avais également … « un demi-frère ».

Les images se mélangèrent dans ma tête. Je découvris alors le mail que cet inconnu avait écrit dans la semaine et qui avait été réceptionné et secrètement conservé par mon épouse.

La personne issue du don de mon père s’appelait Akram et recherchait depuis un an la moitié cachée de ses origines.

Le lendemain matin, j’appris à ma sœur la nouvelle, qu’elle accueillit avec surprise et émerveillement.

Très vite, la question fut de savoir comment nous allions annoncer à mon père que son don « anonyme » dans les années 70 ne l’était plus… Nous pensions qu’il était préférable que je rencontre Akram avant de pouvoir lui en parler.

Notre premier contact eut lieu le 9 juillet 2019 par téléphone. Je me revois encore composer le numéro, stressé, puis attendre fébrilement qu’Akram décroche…

Un peu timides, hésitants, nous ne savions pas trop comment engager la conversation. Finalement, chacun se laissant mutuellement le temps de s’exprimer, nous échangeâmes durant près de deux heures. Deux jours plus tard, nous fîmes physiquement connaissance.

C’est ainsi qu’un soir d’été en bord de Seine, je retrouvai un demi-frère dont l’existence m’était encore inconnue une semaine auparavant. Premier contact émouvant et très intense, première rencontre insolite, incroyable et chargée d’émotion. À plusieurs reprises, je me demandai si tout était réel. Nous passâmes près de quatre heures à nous ouvrir l’un à l’autre. Maintenant que j’en savais davantage sur Akram, ma sœur et moi pouvions envisager d’en parler à notre père.

C’est donc le samedi 20 juillet 2019 que ma sœur et moi annonçâmes à nos parents notre découverte !

Étonné, mais pas complètement surpris, notre père écouta ce récit avec attention. Ma mère resta sans voix et demanda quelques explications complémentaires. Tous les deux acceptèrent et comprirent avec beaucoup d’évidence la démarche d’Akram pour retrouver son donneur. Suite aux deux dons effectués par mon père dans les années 70, mes parents avaient conscience que quelque part, des couples avaient pu donner la vie, mais à aucun moment ils n’avaient envisagé un jour que cette vie, ces vies viendrai(en)t bousculer la leur. À cette époque, la certitude de l’anonymat était une condition qui était assurée au donneur. La démocratisation des tests ADN, le développement d’Internet ont totalement modifié ce postulat. Si cela semble aujourd’hui une évidence, rien ne pouvait annoncer ce bouleversement dans les années 70.

Par ce test récréatif, j’avais exposé au grand jour l’histoire de mon père et de ce fils biologique. Ce n’était évidemment pas dans mes intentions. Me serais-je lancé dans cette aventure si j’avais pris conscience de la portée de cet acte ? J’ai donc demandé à mon père s’il ne m’en voulait pas d’avoir permis de lever l’anonymat et d’établir ce lien. Sans détour, il me répondit par la négative et me confirma qu’il ne voyait aucun obstacle à rencontrer cette personne à la recherche de la moitié de ses racines. Curieux, intéressé, mon père me posa des questions sur Akram, son histoire, sa vie, son métier.

Après cet entretien, les semaines s’écoulèrent… Mon père ne parla plus de rencontre et mit de la distance avec les reportages sur la PMA. Ma mère, au contraire, montra un intérêt grandissant.

Je m’aperçus alors qu’en voulant protéger mon père et en jouant l’entremetteur, je l’avais peut-être dépossédé de son histoire. Fin septembre, je relatai à Akram mon ressenti sur la situation et lui suggérai d’écrire directement à son père biologique afin qu’ils se réapproprient leur propre histoire. Car si j’avais été à l’origine de tout cela, je n’étais pas pour autant le principal protagoniste de cette aventure.

Peu après Noël, mon père reçut une longue lettre d’Akram. Il lui répondit. Je ne connais pas la teneur de leurs échanges, je sais simplement que désormais mon père évoque de manière plus sereine une future rencontre.

De mon côté, je rencontre Akram et sa compagne régulièrement. Nous avons profité des vacances de fin d’année pour nous voir également chez moi avec ma sœur, mon épouse et mes enfants. Durant ce week-end, nous lui avons remis une copie du livret de famille de notre père. Akram a pu ainsi découvrir le volet de son arbre « génétique » dont il avait été privé depuis plus de quarante ans.

En attendant que la grande Rencontre ait lieu entre les deux principaux acteurs de ce fabuleux destin nous poursuivons avec Akram fraternellement et avec plaisir l’écriture de notre histoire, une histoire incroyable, inimaginable, une belle histoire…

Photo paysage montagne

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