Témoignages de personnes conçues par don

Caroline 26 ans

caroline 26 ans
Je m’appelle Caroline, j’ai 26 ans et je suis une enfant IAD.
J’ai été mise au courant des origines de ma naissance à l’âge de 19 ans, origines justement un peu floues à présent!
Lorsque cette nouvelle m’est tombée sur le coin du nez, j’étais très bouleversée mais cela n’a, en aucun cas, changé quoi que ce soit en ce qui concerne la position de mes parents, qui m’ont élevée comme tout parent.
Malgré tout l’amour qu’ils m’ont donné, il me manque une chose qui peut paraître insignifiante aux yeux des autres, mais la plus importante à mes yeux : qui suis je ? D’où me viennent les dons artistiques que personne ne possède dans ma famille ?
Cette origine mystérieuse me permettrait sûrement d’y voir un peu plus clair et de trouver des réponses aux multitudes de questions qui trottent dans ma tête…
Je ne souhaite pas forcément rencontrer le donneur mais connaître simplement quelques renseignements sur son physique, ses goûts, ses activités.
J’aimerais pouvoir un jour lui envoyer un message. Non pas pour m’imposer dans sa vie, mais simplement pour le remercier de ce don merveilleux qui m’a permis de voir le jour

Barry STEVENS – Canada

barry stevens
En Angleterre au début des années 50, j’ai été conçu dans le plus grand secret, par insémination artificielle avec sperme de donneur anonyme. Il y a quelques années, j’ai commencé à rechercher cet homme ainsi que les quelques centaines de demi-frères et soeurs que je pensais avoir. J’en ai trouvé quelques-uns, ce qui fut une des expériences les plus heureuses de ma vie. J’ai réalisé un film relatant cette recherche, appelé Offspring.
A cette période, j’ai découvert tout un réseau de personnes concernées par les inséminations avec donneurs. Nous tous, ou presque, avons le sentiment très fort d’avoir été délibérément privés d’informations importantes nous concernant. Nous pensons que nous avons le droit de savoir qui sont nos parents biologiques. Savoir d’où l’on vient est important.
C’est important sur le plan médical. Et c’est important sur le plan personnel. Le climat de secret et de mensonge qui règne autour des conceptions avec sperme ou ovocyte anonymes, génère un sentiment de honte.
Le secret est un dogme désuet qui a des répercussions négatives pour nous tous.
Dans le futur, on ne devrait accepter les donneurs qu’à condition qu’ils acceptent d’être identifiés quand leur progéniture atteint l’âge adulte. Des mesures légales pourraient les protéger financièrement et personnellement.
Préserver l’intimité des donneurs est normal, mais interdire l’accès aux origines ne l’est pas.

Anne 26 ans

Anne 26 ans
Mon père me l’a annoncé le jour de mes 21 ans.
Certainement gardait–il en mémoire en bon militaire qu’à l’époque la majorité était à 21 ans. ..
Je m’en souviens comme si c’était hier. J’ai eu, l’espace d’un instant, un voile noir comme un « reset », je ne savais plus où j’étais. Pour la première fois, je n’avais plus mon père biologique en face de moi mais un père adoptif.
En une fraction de seconde, et le choc passait, je me suis mise à sa place… et en le regardant, il me semblait autant soulagé que désolé.
En 21 ans j’avais acquis des points de repères, qui en un instant n’avaient plus lieu d’être. Le plus difficile c’est de savoir que je ne saurai jamais qui est mon « père », car pour moi il n’est ni un géniteur, ni un donneur… c’est mon père, biologique évidemment, mais mon père tout de même. On nous inculque depuis notre plus tendre enfance que la petite graine du papa rencontre celle de la maman et nous donne la vie. De ce fait je ne peux pas ne pas considérer la petite graine comme celle de mon père…et ça n’est pas un problème psy, ni un manque paternel et encore moins un reniement du père qui a toujours était là ! C’est juste une réflexion logique : on naît d’une mère et d’un père et non pas d’un « donneur » (sous prétexte que l’on ne le connaît pas ! ). Je suis née de cet homme, je porte en moi une partie de lui ! J’ai des demi–frères et demi–sœurs, des oncles et tantes, des cousins et cousines quelque part, et ça je ne peux pas l’ignorer ! Mes parents sont enfants uniques…
On m’a privée d’une partie de mon passé, de ma vie et de moi–même. Et ce, sciemment, par une forme d’égoïsme, parce qu’au fond mes parents savaient très bien que jamais je ne pourrais savoir qui est réellement l’homme à qui je dois la vie. Leur désir d’enfant était plus fort que mon bonheur. Je ne les condamne pas, je fais juste un constat de faits objectifs.
J’ai de bonnes relations avec mes parents, ils sont quoiqu’il arrive mes parents.
Ce sont eux qui m’ont élevée… mais leur amour ne comblera jamais mon manque d’identité.
Je ne suis pas seule dans cette situation, j’ai un frère cadet, dont je suis très proche et très protectrice il est issu du même donneur : nous avons les mêmes gênes, ceux de notre mère et ceux de notre père anonyme. Je puis vous assurer qu’après cette révélation, mon frère a pris une importance « capitale », il est le seul « acquis » sur lequel je me sois construite qui n’ai pas été faussé !
Aucun enfant ne demande à venir au monde et aucun ne choisit ses parents. Mais comment peut on décider à sa place et lui demander de grandir sur des données faussées… pire, secrètes ?
Comment admettre que le désir de ses parents l’emporte et le condamne avant même qu’il ne vive. C’est contre nature !

Pauline 22 ans

Pauline 22 ans

Mon histoire est aujourd’hui un tel poids car elle est faite d’un cumul, d’une superposition de blessures. Je suis l’aînée de ma fratrie, je suis une enfant IAD. Ma sœur cadette est aussi une enfant IAD, du même donneur. Puis, le miracle de la nature a fait naître mon frère, 2 ans après ma sœur. En 4 ans, mes parents ont eu 3 enfants, allant de désespoir, en grande surprise. Le couple de mes parents n’ayant pas survécu à de nombreuses tempêtes, ma mère a refait sa vie avec un homme ayant 2 enfants, sensiblement du même âge que mon frère et ma sœur. Il y a donc de nombreux degrés dans ma filiation! Voici, le premier aspect de mon histoire. Le second est: mon « père ». L’utilisation des guillemets est réfléchie. Il a effectué 2 démarches dans sa vie: il a souhaité l’IAD et il m’a donné son nom. Fini! Il n’a jamais assumé l’IAD, il ne nous jamais véritablement accepté, cela le renvoyait certainement trop à son infertilité qu’il vivait comme son inutilité, une faiblesse. Bien sur, mon frère, en véritable messie (!) avait un traitement de faveur de sa part. Mon père a donc lentement mais sûrement sombré dans son désarroi, sans jamais montrer une once d’investissement auprès de nous.

Jusqu’au jour où… Un soir de grande ébriété, dans une grande violence verbale, il m’a dit l’indicible: « tu n’es pas ma fille ». S’en était trop pour ma mère, qui le lendemain demanda le divorce. En plus de ne pas nous avoir acceptées, il nous rejetait maintenant. Elle ne l’a pas supporté. Chose dramatique pour lui, il a perdu la confiance de mon frère, son fils naturel, dans la bataille.

L’IAD ajoutée à l’histoire douloureuse de mon père ont rendu nos rapports familiaux toxiques. Je ne parle volontairement pas de lien, car un lien est censé unir, par définition… or nous n’avons fait que nous délier. Aujourd’hui les contacts sont rompus et ce fut un choix de ma part. Désormais, il n’y a plus l’atmosphère lourde et inhibante du secret, « du fantôme dans le placard ! ». Nous pouvons dialoguer, ma mère, ma sœur et moi. C’est frileux mais ça vient ! Pour ce qui est de mon frère, c’est là que le bas blesse. Il ne sait toujours pas la différence qui réside en nos venues au monde. J’en veux à ma mère, et elle le sait, de faire de cela un tabou entre nous. Mon frère a aujourd’hui 18 ans : il est capable d’entendre. Ma mère attend « le bon moment », mais il n’existe pas de bon moment. Il faut le provoquer !

Me voilà, donc aujourd’hui face à ce double vide, celui du donneur et celui du « père » symbolique absent. Je sais bien que cette place n’est plus à pourvoir! Il est trop tard! Alors, je poursuis ma thérapie, pour, d’une part, élaborer ma conception des hommes en ce bas monde, et d’autre part pour étayer cette question centrale de l’identité qui se lit dans le miroir, ce manque évident d’assurance…

J’aspire à être une femme, une femme complète.

Fanny née en 81

Fanny née en 81
Notre naïveté lorsque l’on est enfant nous faire croire n’importe quoi…

Ma mère me disait toujours « on a eu du mal à faire des enfants et puis un jour, on a réussit, on a trouvé le mode d’emploi ». Le mode d’emploi en fait, c’était l’IAD.

J’ai toujours eu des doutes concernant ma conception et à 17 ans j’ai eu la réponse en tombant sur des documents qui parlaient de paillettes de spermatozoïdes…

Cela ne m’a pas étonnée mais a soulevé en moi un certain nombre de questions. A cette époque je commençais à constituer mon arbre généalogique, du coup j’ai vite arrêté car je ne voyais pas l’intérêt de n’en connaître que la moitié.

Je ne veux pas retrouver un « père », puisque j’en ai déjà un que je ne changerais pour rien au monde, mais je voudrais pouvoir me reconnaître dans le visage ou le caractère de mon donneur.

J’ai l’impression d’être à moitié « vide », il manque une partie de mon passé, de mon histoire et j’en souffre. Aujourd’hui j’ai un petit garçon d’un an et je souhaite que plus tard il puisse remplir en entier son arbre généalogique.

F. 35 ans

Je suis née aussi par IAD…mais je souhaite témoigner de façon anonyme.

Malheureusement, mon père « officiel » n’a jamais assumé son infertilité et m’a rejetée, voir plus, car maintenant nous sommes même en justice car (je ne sais pour qu’elle raison), il a décidé de me créer le plus d’ennuis (le mot est faible) possibles tant au niveau familial que professionnel. C’en est arrivé à de l’acharnement.

Lorsque j’ai appris qu’il n’était pas mon père biologique, ça a été un choc mais il est resté mon «papa». J’avais 12 ans. Mais les choses se sont dégradées quand mes parents ont divorcé.

Je ne souhaite plus avoir de contact avec cet homme, je me suis même informée pour changer de nom et prendre le nom de ma mère car il n’est plus rien pour moi. Apparemment ce n’est pas possible (je suis belge, la législation ne prévoit pas « ce cas »).
Moi, j’aimerais retrouver mon père biologique pour retrouver un père, un vrai ! Pas seulement biologique. Mais ce donneur, comme beaucoup, je suppose, ne voit pas les choses dans cette optique.

Quand je lis les témoignages, je trouve que ces enfants nés par IAD ont de la chance d’avoir un père «de cœur».

Sophie née en nov 79

J’ai une histoire assez particulière, étant doublement un « pur produit de la médecine » s’il est permis d’utiliser cette expression. Je suis une ex–grande prématurée, née à 6 mois et demi à peine de terme, élevée en couveuse. Par chance, je n’ai aucune séquelle et ma scolarité s’est très bien déroulée. Pendant l’adolescence, j’ai commencé à avoir un vrai « problème » avec mon père –que j’adorais toute petite– et il m’est souvent arrivé de lui lancer un peu brutalement : « T’es pas mon père ! » lors de disputes qui ont jalonné mon adolescence… A 18 ans, coup de tonnerre : lors d’une de ces disputes assez habituelles –j’ai fait une vraie crise d’adolescence– ma mère nous dit que mon frère et moi ne sommes pas les enfants de celui qu’on a toujours cru être génétiquement notre père… Nous avons dormi dans la même chambre, cette nuit–là, mon frère et moi, et c’était vraiment très particulier comme sensation… Depuis tout s’est apaisé avec notre père mais c’est un sujet qu’on ne peut évoquer qu’avec notre mère… Elle nous a expliqué qu’elle avait voulu tout dire avant mais que ce n’était pas possible car mon père ne voulait pas, avait sa « fierté », ce qui peut se comprendre– surtout dans un petit village à la campagne… Je regrette pour ma part ce silence car j’ai maintenant beaucoup de mal à faire confiance aux gens… De plus, je n’aime pas le fait d’être pour moitié un point d’interrogation : certaines traits physiques (et de caractère ?) ne sont de toute évidence pas hérités de ma mère… Une simple photo et quelques infos (métier ?) suffirait peut–être à mieux sentir d’où je viens… Mon frère est quelqu’un qui parle très peu mais il m’a demandé une fois si nous étions bien frère et soeur. Je fais confiance à ma mère là–dessus mais je n’ai aucune certitude. Je trouve que c’est des choses qu’on devrait savoir, sans avoir à demander… C’est pourquoi je pense qu’on devrait avoir accès à un dossier minimal. J’ai bien un père mais je ne sais, et ne saurai jamais vraiment d’où je viens…

Laetitia

à Arthur (pendant sa grève de la faim fev 11)
De ma petite Belgique, j’observe ton combat depuis un certain temps déjà.
Je suis née à Liège, le 11 décembre 1985 grâce à deux parents très désireux d’avoir un enfant et probablement très courageux malgré le manque d’accompagnement psychologique mis à leur disposition pour faire face à la stérilité.
Ils vivaient une détresse face à leur désir d’enfant qui tardait à se concrétiser et ont rencontré un médecin du CPMA de Liège leur proposant une solution.
Plus précisément, une équipe de médecins, biologistes, infirmières et techniciens développent et proposent des traitements pour faire face à l’infertilité. Le traitement le plus adéquat concernant mes parents : l’insémination artificielle avec donneur anonyme.

A partir de là, mon parcours ressemble fort au tien. Avant ma naissance déjà, me voilà présentée comme un traitement.

Quelle responsabilité !

Mais quelle responsabilité?

Celle de permettre au couple de mes parents de s’investir dans la construction d’une famille correspondant aux normes de conformité de la société?

Celle d’être le traitement du couple de mes parents… le thérapeute alors?

Celle de respecter ce qui a été décidé lors de ma conception, lors de la sélection d’un donneur ressemblant à mon père (yeux, cheveux, taille, poids, groupe sanguin, etc.)… de faire « comme si »?
Celle de grandir et de vivre épanouie, heureuse d’être née sans jamais avoir envie d’aller voir ce qu’il se cache dans ce coffre–fort… car si cette envie survenait, le traitement serait–il toujours efficace? Serais–je toujours bien cette enfant désirée et conçue dans tellement d’amour?

Questions, angoisse, colères, non–dits ont fait partie de ma vie…
Cela me traverse très souvent l’esprit.

Et pourtant, si tout l’humour de la destinée humaine fait qu’aujourd’hui je deviens thérapeute de profession, je suis la thérapeute que j’ai choisi! Je me suis formée dans cette direction, je ne suis plus victime d’un rôle mais je fais le voeux d’être actrice de changements! En tant que femme de cette vie, je place mon rôle autour de l’humain, dans toute sa globalité et j’aime ce que je fais.

Ma pierre à l’édifice : communiquer à mon entourage !
Déconstruire ces idées préconçues et déprogrammer les peurs ou blocages enfuis en chacun afin de pouvoir aborder le sujet complexe du don de sperme (entre autres) de manière nouvelle, dans un échange riche en partage et neutre puisque moi–même, je n’ai pas de réponse évidente à donner face à toute cette complexité…
A ce propos, la vie n’a pas attendu l’homme pour se propager… elle ne s’arrêtera pas non plus avec lui…

Je suis disponible en Belgique pour tout enfant IAD éprouvant le besoin de partager son vécu … .