Témoignages
Elise : On peut tous s’entraider
Pauline et son papa Frédéric
Michel : La levée de l’anonymat doit être évidente
Je m’appelle Michel. Dans les années 1990, j’écoutais un ami me parler de son impossibilité d’avoir un enfant pour raison médicale. Venant moi-même d’être père, je fus touché par sa souffrance. Quelques temps plus tard, j’ai entendu à la radio un appel des CECOS pour le don de sperme, et j’ai immédiatement fait la démarche après en avoir discuté avec mon épouse. C’est ainsi que je me suis retrouvé, gêné, ma petite éprouvette en main, ravalant mon orgueil, mais pleinement conscient des suites d’une telle démarche.
Je ne sais pas combien d’enfants sont issus de ce don. Je sais seulement qu’ils sont aimés par des parents qui ont accepté de recourir à la PMA, je pense cette décision très difficile à prendre. Anonymat, quel mot horrible quand il s’agit de connaître son géniteur. Il engendre un flot de questions. Pour le donneur, à quoi ressemblent ces enfants, risquent-ils de croiser sans le savoir le chemin d’un demi-frère ou sœur ? Pour l’enfant conçu, d’où vient la moitié de mes gènes, ai-je des risques de maladie connus de mon géniteur, pourquoi ai-je les yeux bleus, et tant d’autres questions…
La levée de l’anonymat doit être évidente. Pourquoi l’imposer alors qu’il est source trop souvent de souffrance ? Pour ma part j’ai fait le choix de recourir (illégalement) à deux tests ADN pour permettre à ces enfants d’éclairer leur parcours. Arrêtons cette hypocrisie, le don de gamètes est un acte de pur amour d’un couple heureux vers un couple en détresse. Prolongeons-le, levez l’anonymat …
Frédéric : En attendant, j’ai fait un test
Cécile, 33 ans, cabinet parisien
Être née d’un don de sperme et l’apprendre à 23 ans sont deux notions compliquées, tant les questions vous taraudent. Il existe une tristesse, un manque, un vide et une incomplétude de l’être qui vous accompagnent au fil des ans.
Lorsque nous avons compris que nous aurions besoin d’un don de sperme à notre tour, mon monde s’est écroulé une deuxième fois. Pas ça …. Pas moi… pas nous… pas mon enfant… Je n aurais voulu, pour rien au monde que mon enfant ressente la tristesse et le manque qui m’habitent. Se pose aussi la question de la transmission du patrimoine. Que vais-je lui transmettre? moi qui suis à moitié incomplète?
La réalisation récente d’un test ADN 23andme afin de connaître mes origines m’a permis d’avancer et de concevoir l’idée que mon enfant saura trouver les réponses que nous n’avions pas à l époque. Ce blocage autour d’un don pour la conception de mon enfant s’est évaporé après 10 années d’errances et d évolution génétique.
Joseph, né en 1955, de Nancy : « Si on me cherche, on peut me trouver »
Janvier 1984 : à la maternité de Nancy est née ma fille Annabelle.
Aude et Samuel ses aînés sont ravis. Un médecin, chef de service, est venu nous féliciter, la maman et moi. Il nous a fait part des besoins du CECOS, qui pouvait difficilement répondre aux demandes des couples confrontés à la stérilité, avec 2 ans d’attente. Il m’a proposé de devenir donneur de sperme. J’ai donc effectué une série de 5 dons, complétée en 1988 par une seconde série, le CECOS m’ayant recontacté en vue de faciliter la venue de « petits frères ou petites sœurs ». À cette époque, tout le monde considérait que l’anonymat était la seule règle envisageable, au même titre que le don du sang. J’ai considéré que mon rôle se limitait à apporter une « étincelle de vie » dans le processus de conception, ni plus ni moins.
20 ans plus tard, en 2008, j’ai appris par les médias et surtout grâce à l’association PMAnonyme que de nombreux enfants issus de dons, devenus adultes, étaient en quête de la personne ayant contribué à leur conception. Les motivations et problématiques diverses sont désormais connues et largement débattues. J’ai donc écrit au CECOS de Nancy pour informer que je suis tout à fait favorable à ce que mon identité soit dévoilée, et rédigé un courrier destiné à mon dossier. Aucune réponse, pas même un accusé de réception. J’ai donc récidivé en 2018 et cette fois, j’ai reçu un courrier très courtois me demandant des précisions. Mais il est évident que les CECOS sont tenus au respect de la loi de 1994.
J’ai donc effectué un test ADN auprès des principaux laboratoires américains (23andme, FamilyTreeDNA, AncestryDNA) et j’ai versé les données sur le site MyHeritage, très bien implanté en France. J’espère pouvoir ainsi répondre aux demandes légitimes des jeunes qui me recherchent. En général, les personnes qui recherchent leur géniteur ne considèrent pas ce dernier comme un père ou un second père. Ils l’envisagent tout simplement en tant qu’être humain qui a contribué à leur conception et leur a transmis un patrimoine génétique.
J’ai aidé des parents il y a plus de trente ans, et je pense qu’il est de mon devoir d’assumer la suite de ma démarche. Les jeunes nés de mes dons ne paieront pas ma maison de retraite et je n’ai aucun devoir de secours matériel à leur égard. Cependant, je serai là pour répondre à leurs questions, s’ils le veulent, quand ils le veulent. Il s’agit pour moi d’une dette morale.
Encore une précision : le CECOS n’a jamais cherché à savoir si j’étais encore en vie ou si j’avais développé une maladie grave susceptible d’avoir été transmise… C’est assez inquiétant ?.
Joseph, papy heureux de 7 petits-enfants

