Anne 26 ans

Anne 26 ans
Mon père me l’a annoncé le jour de mes 21 ans.
Certainement gardait–il en mémoire en bon militaire qu’à l’époque la majorité était à 21 ans. ..
Je m’en souviens comme si c’était hier. J’ai eu, l’espace d’un instant, un voile noir comme un « reset », je ne savais plus où j’étais. Pour la première fois, je n’avais plus mon père biologique en face de moi mais un père adoptif.
En une fraction de seconde, et le choc passait, je me suis mise à sa place… et en le regardant, il me semblait autant soulagé que désolé.
En 21 ans j’avais acquis des points de repères, qui en un instant n’avaient plus lieu d’être. Le plus difficile c’est de savoir que je ne saurai jamais qui est mon « père », car pour moi il n’est ni un géniteur, ni un donneur… c’est mon père, biologique évidemment, mais mon père tout de même. On nous inculque depuis notre plus tendre enfance que la petite graine du papa rencontre celle de la maman et nous donne la vie. De ce fait je ne peux pas ne pas considérer la petite graine comme celle de mon père…et ça n’est pas un problème psy, ni un manque paternel et encore moins un reniement du père qui a toujours était là ! C’est juste une réflexion logique : on naît d’une mère et d’un père et non pas d’un « donneur » (sous prétexte que l’on ne le connaît pas ! ). Je suis née de cet homme, je porte en moi une partie de lui ! J’ai des demi–frères et demi–sœurs, des oncles et tantes, des cousins et cousines quelque part, et ça je ne peux pas l’ignorer ! Mes parents sont enfants uniques…
On m’a privée d’une partie de mon passé, de ma vie et de moi–même. Et ce, sciemment, par une forme d’égoïsme, parce qu’au fond mes parents savaient très bien que jamais je ne pourrais savoir qui est réellement l’homme à qui je dois la vie. Leur désir d’enfant était plus fort que mon bonheur. Je ne les condamne pas, je fais juste un constat de faits objectifs.
J’ai de bonnes relations avec mes parents, ils sont quoiqu’il arrive mes parents.
Ce sont eux qui m’ont élevée… mais leur amour ne comblera jamais mon manque d’identité.
Je ne suis pas seule dans cette situation, j’ai un frère cadet, dont je suis très proche et très protectrice il est issu du même donneur : nous avons les mêmes gênes, ceux de notre mère et ceux de notre père anonyme. Je puis vous assurer qu’après cette révélation, mon frère a pris une importance « capitale », il est le seul « acquis » sur lequel je me sois construite qui n’ai pas été faussé !
Aucun enfant ne demande à venir au monde et aucun ne choisit ses parents. Mais comment peut on décider à sa place et lui demander de grandir sur des données faussées… pire, secrètes ?
Comment admettre que le désir de ses parents l’emporte et le condamne avant même qu’il ne vive. C’est contre nature !