Pauline 22 ans

Pauline 22 ans

Mon histoire est aujourd’hui un tel poids car elle est faite d’un cumul, d’une superposition de blessures. Je suis l’aînée de ma fratrie, je suis une enfant IAD. Ma sœur cadette est aussi une enfant IAD, du même donneur. Puis, le miracle de la nature a fait naître mon frère, 2 ans après ma sœur. En 4 ans, mes parents ont eu 3 enfants, allant de désespoir, en grande surprise. Le couple de mes parents n’ayant pas survécu à de nombreuses tempêtes, ma mère a refait sa vie avec un homme ayant 2 enfants, sensiblement du même âge que mon frère et ma sœur. Il y a donc de nombreux degrés dans ma filiation! Voici, le premier aspect de mon histoire. Le second est: mon « père ». L’utilisation des guillemets est réfléchie. Il a effectué 2 démarches dans sa vie: il a souhaité l’IAD et il m’a donné son nom. Fini! Il n’a jamais assumé l’IAD, il ne nous jamais véritablement accepté, cela le renvoyait certainement trop à son infertilité qu’il vivait comme son inutilité, une faiblesse. Bien sur, mon frère, en véritable messie (!) avait un traitement de faveur de sa part. Mon père a donc lentement mais sûrement sombré dans son désarroi, sans jamais montrer une once d’investissement auprès de nous.

Jusqu’au jour où… Un soir de grande ébriété, dans une grande violence verbale, il m’a dit l’indicible: « tu n’es pas ma fille ». S’en était trop pour ma mère, qui le lendemain demanda le divorce. En plus de ne pas nous avoir acceptées, il nous rejetait maintenant. Elle ne l’a pas supporté. Chose dramatique pour lui, il a perdu la confiance de mon frère, son fils naturel, dans la bataille.

L’IAD ajoutée à l’histoire douloureuse de mon père ont rendu nos rapports familiaux toxiques. Je ne parle volontairement pas de lien, car un lien est censé unir, par définition… or nous n’avons fait que nous délier. Aujourd’hui les contacts sont rompus et ce fut un choix de ma part. Désormais, il n’y a plus l’atmosphère lourde et inhibante du secret, « du fantôme dans le placard ! ». Nous pouvons dialoguer, ma mère, ma sœur et moi. C’est frileux mais ça vient ! Pour ce qui est de mon frère, c’est là que le bas blesse. Il ne sait toujours pas la différence qui réside en nos venues au monde. J’en veux à ma mère, et elle le sait, de faire de cela un tabou entre nous. Mon frère a aujourd’hui 18 ans : il est capable d’entendre. Ma mère attend « le bon moment », mais il n’existe pas de bon moment. Il faut le provoquer !

Me voilà, donc aujourd’hui face à ce double vide, celui du donneur et celui du « père » symbolique absent. Je sais bien que cette place n’est plus à pourvoir! Il est trop tard! Alors, je poursuis ma thérapie, pour, d’une part, élaborer ma conception des hommes en ce bas monde, et d’autre part pour étayer cette question centrale de l’identité qui se lit dans le miroir, ce manque évident d’assurance…

J’aspire à être une femme, une femme complète.

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