Témoignages de personnes conçues par don

Virginie 26 ans

virginie 26 ans

 

Je suis née il y a 26 ans d’une IAD.
C’est à l’âge de 10 ans que je l’ai appris. Cette « révélation » n’a pas boulversé mon existence: mon père restait mon père, et il le reste toujours.
C’est lui qui avait un projet parental, lui qui m’avait desiré avec ma mère.
Aujourd’hui, c’est à mon tour de souhaiter donner la vie. Cela me ramène forcément à ma propre histoire…
Je suis née d’une histoire d’amour, mais aussi d’un acte de générosité. Cet homme a permis à des couples de réaliser leur voeu le plus cher: devenir parents.
L’histoire de ce don est intimement liée à mon histoire.

J’aimerais rencontrer cet homme, lui demander ce qui l’a amené à faire ce don et le remercier. Ni plus, ni moins.
Il n’est pas mon père. Mon père est décédé à mes 18 ans. Je ne recherche pas un père de substitution comme certains peuvent le penser. Encore une fois, j’aime mon père, c’est à lui seul que je pense tous les jours. Si je rencontrais le donneur, je le remercierais aussi de la part de mon père.
Cet homme nous a permis de vivre une belle histoire de famille.

Share Button

Caroline 26 ans

caroline 26 ans

 

Je m’appelle Caroline, j’ai 26 ans et je suis une enfant IAD.
J’ai été mise au courant des origines de ma naissance à l’âge de 19 ans, origines justement un peu floues à présent!
Lorsque cette nouvelle m’est tombée sur le coin du nez, j’étais très bouleversée mais cela n’a, en aucun cas, changé quoi que ce soit en ce qui concerne la position de mes parents, qui m’ont élevée comme tout parent.
Malgré tout l’amour qu’ils m’ont donné, il me manque une chose qui peut paraître insignifiante aux yeux des autres, mais la plus importante à mes yeux : qui suis je ? D’où me viennent les dons artistiques que personne ne possède dans ma famille ?
Cette origine mystérieuse me permettrait sûrement d’y voir un peu plus clair et de trouver des réponses aux multitudes de questions qui trottent dans ma tête…
Je ne souhaite pas forcément rencontrer le donneur mais connaître simplement quelques renseignements sur son physique, ses goûts, ses activités.
J’aimerais pouvoir un jour lui envoyer un message. Non pas pour m’imposer dans sa vie, mais simplement pour le remercier de ce don merveilleux qui m’a permis de voir le jour

Share Button

Barry STEVENS – Canada

barry stevens

 

En Angleterre au début des années 50, j’ai été conçu dans le plus grand secret, par insémination artificielle avec sperme de donneur anonyme. Il y a quelques années, j’ai commencé à rechercher cet homme ainsi que les quelques centaines de demi-frères et soeurs que je pensais avoir. J’en ai trouvé quelques-uns, ce qui fut une des expériences les plus heureuses de ma vie. J’ai réalisé un film relatant cette recherche, appelé Offspring.
A cette période, j’ai découvert tout un réseau de personnes concernées par les inséminations avec donneurs. Nous tous, ou presque, avons le sentiment très fort d’avoir été délibérément privés d’informations importantes nous concernant. Nous pensons que nous avons le droit de savoir qui sont nos parents biologiques. Savoir d’où l’on vient est important.
C’est important sur le plan médical. Et c’est important sur le plan personnel. Le climat de secret et de mensonge qui règne autour des conceptions avec sperme ou ovocyte anonymes, génère un sentiment de honte.
Le secret est un dogme désuet qui a des répercussions négatives pour nous tous.
Dans le futur, on ne devrait accepter les donneurs qu’à condition qu’ils acceptent d’être identifiés quand leur progéniture atteint l’âge adulte. Des mesures légales pourraient les protéger financièrement et personnellement.
Préserver l’intimité des donneurs est normal, mais interdire l’accès aux origines ne l’est pas.

Share Button

Anne 26 ans

Anne 26 ans

 

Mon père me l’a annoncé le jour de mes 21 ans.
Certainement gardait–il en mémoire en bon militaire qu’à l’époque la majorité était à 21 ans. ..
Je m’en souviens comme si c’était hier. J’ai eu, l’espace d’un instant, un voile noir comme un « reset », je ne savais plus où j’étais. Pour la première fois, je n’avais plus mon père biologique en face de moi mais un père adoptif.
En une fraction de seconde, et le choc passait, je me suis mise à sa place… et en le regardant, il me semblait autant soulagé que désolé.
En 21 ans j’avais acquis des points de repères, qui en un instant n’avaient plus lieu d’être. Le plus difficile c’est de savoir que je ne saurai jamais qui est mon « père », car pour moi il n’est ni un géniteur, ni un donneur… c’est mon père, biologique évidemment, mais mon père tout de même. On nous inculque depuis notre plus tendre enfance que la petite graine du papa rencontre celle de la maman et nous donne la vie. De ce fait je ne peux pas ne pas considérer la petite graine comme celle de mon père…et ça n’est pas un problème psy, ni un manque paternel et encore moins un reniement du père qui a toujours était là ! C’est juste une réflexion logique : on naît d’une mère et d’un père et non pas d’un « donneur » (sous prétexte que l’on ne le connaît pas ! ). Je suis née de cet homme, je porte en moi une partie de lui ! J’ai des demi–frères et demi–sœurs, des oncles et tantes, des cousins et cousines quelque part, et ça je ne peux pas l’ignorer ! Mes parents sont enfants uniques…
On m’a privée d’une partie de mon passé, de ma vie et de moi–même. Et ce, sciemment, par une forme d’égoïsme, parce qu’au fond mes parents savaient très bien que jamais je ne pourrais savoir qui est réellement l’homme à qui je dois la vie. Leur désir d’enfant était plus fort que mon bonheur. Je ne les condamne pas, je fais juste un constat de faits objectifs.
J’ai de bonnes relations avec mes parents, ils sont quoiqu’il arrive mes parents.
Ce sont eux qui m’ont élevée… mais leur amour ne comblera jamais mon manque d’identité.
Je ne suis pas seule dans cette situation, j’ai un frère cadet, dont je suis très proche et très protectrice il est issu du même donneur : nous avons les mêmes gênes, ceux de notre mère et ceux de notre père anonyme. Je puis vous assurer qu’après cette révélation, mon frère a pris une importance « capitale », il est le seul « acquis » sur lequel je me sois construite qui n’ai pas été faussé !
Aucun enfant ne demande à venir au monde et aucun ne choisit ses parents. Mais comment peut on décider à sa place et lui demander de grandir sur des données faussées… pire, secrètes ?
Comment admettre que le désir de ses parents l’emporte et le condamne avant même qu’il ne vive. C’est contre nature !

Share Button

Pauline 22 ans

Pauline 22 ans

 

Mon histoire est aujourd’hui un tel poids car elle est faite d’un cumul, d’une superposition de blessures. Je suis l’aînée de ma fratrie, je suis une enfant IAD. Ma sœur cadette est aussi une enfant IAD, du même donneur. Puis, le miracle de la nature a fait naître mon frère, 2 ans après ma sœur. En 4 ans, mes parents ont eu 3 enfants, allant de désespoir, en grande surprise. Le couple de mes parents n’ayant pas survécu à de nombreuses tempêtes, ma mère a refait sa vie avec un homme ayant 2 enfants, sensiblement du même âge que mon frère et ma sœur. Il y a donc de nombreux degrés dans ma filiation! Voici, le premier aspect de mon histoire. Le second est: mon « père ». L’utilisation des guillemets est réfléchie. Il a effectué 2 démarches dans sa vie: il a souhaité l’IAD et il m’a donné son nom. Fini! Il n’a jamais assumé l’IAD, il ne nous jamais véritablement accepté, cela le renvoyait certainement trop à son infertilité qu’il vivait comme son inutilité, une faiblesse. Bien sur, mon frère, en véritable messie (!) avait un traitement de faveur de sa part. Mon père a donc lentement mais sûrement sombré dans son désarroi, sans jamais montrer une once d’investissement auprès de nous.

Jusqu’au jour où… Un soir de grande ébriété, dans une grande violence verbale, il m’a dit l’indicible: « tu n’es pas ma fille ». S’en était trop pour ma mère, qui le lendemain demanda le divorce. En plus de ne pas nous avoir acceptées, il nous rejetait maintenant. Elle ne l’a pas supporté. Chose dramatique pour lui, il a perdu la confiance de mon frère, son fils naturel, dans la bataille.

L’IAD ajoutée à l’histoire douloureuse de mon père ont rendu nos rapports familiaux toxiques. Je ne parle volontairement pas de lien, car un lien est censé unir, par définition… or nous n’avons fait que nous délier. Aujourd’hui les contacts sont rompus et ce fut un choix de ma part. Désormais, il n’y a plus l’atmosphère lourde et inhibante du secret, « du fantôme dans le placard ! ». Nous pouvons dialoguer, ma mère, ma sœur et moi. C’est frileux mais ça vient ! Pour ce qui est de mon frère, c’est là que le bas blesse. Il ne sait toujours pas la différence qui réside en nos venues au monde. J’en veux à ma mère, et elle le sait, de faire de cela un tabou entre nous. Mon frère a aujourd’hui 18 ans : il est capable d’entendre. Ma mère attend « le bon moment », mais il n’existe pas de bon moment. Il faut le provoquer !

Me voilà, donc aujourd’hui face à ce double vide, celui du donneur et celui du « père » symbolique absent. Je sais bien que cette place n’est plus à pourvoir! Il est trop tard! Alors, je poursuis ma thérapie, pour, d’une part, élaborer ma conception des hommes en ce bas monde, et d’autre part pour étayer cette question centrale de l’identité qui se lit dans le miroir, ce manque évident d’assurance…

J’aspire à être une femme, une femme complète.

Share Button

Fanny née en 81

Fanny née en 81

 

Notre naïveté lorsque l’on est enfant nous faire croire n’importe quoi…

Ma mère me disait toujours « on a eu du mal à faire des enfants et puis un jour, on a réussit, on a trouvé le mode d’emploi ». Le mode d’emploi en fait, c’était l’IAD.

J’ai toujours eu des doutes concernant ma conception et à 17 ans j’ai eu la réponse en tombant sur des documents qui parlaient de paillettes de spermatozoïdes…

Cela ne m’a pas étonnée mais a soulevé en moi un certain nombre de questions. A cette époque je commençais à constituer mon arbre généalogique, du coup j’ai vite arrêté car je ne voyais pas l’intérêt de n’en connaître que la moitié.

Je ne veux pas retrouver un « père », puisque j’en ai déjà un que je ne changerais pour rien au monde, mais je voudrais pouvoir me reconnaître dans le visage ou le caractère de mon donneur.

J’ai l’impression d’être à moitié « vide », il manque une partie de mon passé, de mon histoire et j’en souffre. Aujourd’hui j’ai un petit garçon d’un an et je souhaite que plus tard il puisse remplir en entier son arbre généalogique.

Share Button

F. 35 ans

f. 35 ans

 

Je suis née aussi par IAD…mais je souhaite témoigner de façon anonyme.

Malheureusement, mon père « officiel » n’a jamais assumé son infertilité et m’a rejetée, voir plus, car maintenant nous sommes même en justice car (je ne sais pour qu’elle raison), il a décidé de me créer le plus d’ennuis (le mot est faible) possibles tant au niveau familial que professionnel. C’en est arrivé à de l’acharnement.

Lorsque j’ai appris qu’il n’était pas mon père biologique, ça a été un choc mais il est resté mon «papa». J’avais 12 ans. Mais les choses se sont dégradées quand mes parents ont divorcé.

Je ne souhaite plus avoir de contact avec cet homme, je me suis même informée pour changer de nom et prendre le nom de ma mère car il n’est plus rien pour moi. Apparemment ce n’est pas possible (je suis belge, la législation ne prévoit pas « ce cas »).
Moi, j’aimerais retrouver mon père biologique pour retrouver un père, un vrai ! Pas seulement biologique. Mais ce donneur, comme beaucoup, je suppose, ne voit pas les choses dans cette optique.

Quand je lis les témoignages, je trouve que ces enfants nés par IAD ont de la chance d’avoir un père «de cœur».

Share Button

Raphaël MOLENAT, Vice Président Association PMA

raphaelmolenat

 

Ecrire sur soi, se raconter, c’est une véritable épreuve que l’on préfère généralement remettre au lendemain. Aujourd’hui, je m’efforce de pratiquer cet exercice, conscient que la situation personnelle que je rencontre n’est pas commune, et peut, dans l’avenir, concerner de plus en plus d’enfants. A chacun son histoire : quant à moi, j’ai appris que mes parents avaient eu recours à la technique d’insémination artificielle avec donneur à l’âge d’environ 25–26 ans. Plus précisément, j’ai posé la question de ma conception, directement….
Depuis l’âge de 16 ans, sans savoir exactement pourquoi, je ressentais un trouble concernant mes racines, ma conception. J’ai entamé une psychanalyse à cet âge qui s’est achevée près de 10 années plus tard. Parallèlement, j’ai entrepris à cette période des études de droit qui m’ont conduit à devenir avocat aujourd’hui. Dans le cadre de ces études, j’ai suivi durant une année un troisième cycle de droit médical à Paris 8, me passionnant sur les questions d’éthique, notamment concernant les nouvelles pratiques médicales, la génétique…
Puis j’ai découvert ce que mes parents n’ont jamais réussi à me formuler d’eux même auparavant : ma conception à l’aide du sperme d’un donneur anonyme. Cette information m’a tout d’abord rassuré, car au fond de moi–même, je craignais d’être le fruit d’un viol ou d’une histoire particulièrement sombre et scabreuse. Avec le temps, je me retrouve confronté à l’impossibilité d’en savoir plus, d’avoir accès à des informations qui me concernent. Cette impossibilité fait naître en moi un véritable sentiment d’injustice.
Je me rends compte à quel point il est difficile de faire comprendre cette injustice.
Cette injustice prend sa source dans le système médical tel qu’il est mis en place à ce jour :

– un couple stérile demandeur d’enfant
– un donneur anonyme demandeur de don
– le corps hospitalier récepteur des demandes et acteurs,
– l’état, qui fixe le cadre des responsabilités de chacun.

L’enfant qui vient à naître de cette relation quadrilatérale n’a aucun droit, ni le droit de savoir (c’est au bon vouloir des parents de dire ou ne pas dire), ni celui d’obtenir des informations concernant son donneur et avoir accès ainsi à une partie de ses racines composant sa propre histoire (anonymat obligatoire). Ne pas avoir accès aux informations concernant sa propre conception est une atteinte forte au principe de dignité humaine.
Les arguments qui restent présents aujourd’hui concernant le maintien de l’anonymat ne se fondent d’ailleurs pas sur l’ »intérêt de l’enfant ou le principe de dignité humaine : Ils sont d’ordre comptable (nous n’aurons plus de donneurs) et fondés sur des peurs et des suppositions (cela risque de remettre en cause la paix des familles).
Par ailleurs, d’un point de vue plus juridique, l’anonymat ne permet pas à l’enfant de se prémunir de certaines garanties médicales, n’ayant pas accès à sa véritable histoire génétique.
En cas de problématique, de survenance d’une maladie rare, ou autres, celui–ci sera privé de tous éléments d’informations concernant son histoire génétique, pouvant ainsi mettre à mal une tentative de soins, voire de guérison.
L’homme que je suis ignore une partie de ce qu’il est, parce qu’il ignore une partie de ses racines, de son histoire, de ses origines. C’est plus qu’étrange de ressentir une part d’étranger en soi, surtout lorsque l’on regarde son pater familias, son propre père, et que lui aussi, ressent cette part d’étranger. La connaissance, le savoir, l’accès aux informations, permettraient de faire cesser ce sentiment d’étrangeté.
Le système IAD mis en place actuellement a un besoin très net de réalité.
Remettre de la réalité permettra d’éviter ces complications et ne donnera plus l’impression aux enfants nés de ces pratiques d’être le fruit d’un mensonge. La réalité, c’est aussi contribuer à la construction du monde de demain.
Dans une époque particulièrement perturbée, où les problèmes de stérilité augmentent considérablement, il y a lieu de s’interroger vivement sur le maintien d’un système fondé sur l’anonymat, permettant jusqu’à ce jour un flou total sur la réalité des actes médicaux effectués, sur le nombre d’inséminations pratiquées à partir d’un seul don, et créant pour les enfants IAD, une situation indigne où ces derniers sont privés de leur dossier médical ainsi que de la connaissance des acteurs qui ont contribués à leur naissance.

Share Button