Témoignages

Lettre d’un donneur

Je voudrais lever l’anonymat de mes 7 dons de sperme, que j’ai effectués en 1998 à l’hôpital Jeanne de Flandres CHRU de Lille pour le CECOS Nord.

Je suis père de deux enfants qui sont adultes aujourd’hui.

Ma démarche en 1998 était de donner à d’autres ce que la nature m’avait donné : le bonheur de devenir parent.

J’espère que j’ai donné du bonheur à ces enfants et à leur parents.

Je suis disposé à les rencontrer s’ils le souhaitent.

Rose Christen – 16 ans

Rose Christen – 16 ans

Je suis Rose, bientôt 17 ans, vivant en Auvergne. J’ai appris mon mode de conception dès ma naissance. Toute petite, mes parents me donnaient un livret pour enfant, racontant comment j’avais été conçue. Je trouvais ça tout à fait normal, banal. Je croyais que tous les enfants avaient ce livret, tous les enfants avaient cette histoire.

Le sujet n’a pas été évoqué depuis ce livret jusqu’à environ mes 13 ans. C’est à cet âge-là que je me suis réellement rendu compte de mon mode de conception même si mes parents n’ont jamais souhaité qu’il y ait de secret sur ce sujet.
Mon grand-père paternel m’a lâché un jour : « Tu n’es pas ma vraie petite-fille, pourquoi te donnerais-je le même argent de poche que mes autres petits enfants, ou pourquoi te traiterais-je de la même manière ? ». Depuis, je ne l’ai pas revu, et heureusement. Même si je le déteste d’avoir dit tout cela, et bien d’autres, je sais que c’est grâce à lui que j’ai eu ce déclic. Mais je ne lui suis en rien reconnaissante, bien au contraire.

Alors j’ai commencé par faire des recherches, déjà sur la PMA, puis sur les CECOS. Cette histoire tournait en boucle dans ma tête tous les jours, sans cesse. J’en ai parlé plus tard à ma meilleure amie : je ne pouvais pas garder ça pour moi, il fallait que je l’extériorise. J’ai aussi cherché des moyens de connaître mon donneur. Malheureusement, aucun moyen n’existe légalement en France, il faut donc espérer que les lois changent en faveur des enfants nés par don.

Je ne souhaite pas dire que ce donneur est mon « père » car mon vrai père, celui qui m’a élevé, est le seul à qui je puisse adresser ce nom. Peut-être que je dois 50% de mon ADN, de mon identité, de moi-même en fait, à un inconnu, mais mon père reste celui que j’aime et qui ne m’a jamais rien caché, celui qui m’a transmis ses valeurs. Je sais aussi que si je suis née grâce à ce donneur, c’est parce que les parents ont surmonté de nombreuses épreuves, et qu’ils s’aiment.

Malgré tout, je souhaite rencontrer mon donneur. J’aime mon père, et je ne veux pas le blesser là-dessus, ni blesser ma mère ou le reste de ma famille. Mais il est important pour moi de savoir à qui je ressemble en partie (il paraît que je ne ressemble pas à ma mère ni de physique, ni de caractère), de qui je tiens, si j’ai des antécédents médicaux dont il faut que je me préoccupe, si j’ai des demi-frères, demi-sœurs (je suis fille unique). Et encore beaucoup d’autres questions.
Même si je sais qu’il y a très peu de chances que je retrouve un jour sa trace, je ne cesse d’espérer. L’espoir fait vivre dit-on ?

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Date du témoignage : 13 décembre 2018

L’express : « Un test ADN m’a permis de trouver mon géniteur »

Dans ce long article de l’express, Gabrielle qui est membre de l’association témoigne de son histoire. Un témoignage poignant et profond. Merci à elle !

Lien de l’article : https://www.lexpress.fr/actualite/societe/don-de-sperme-un-test-adn-m-a-permis-de-trouver-mon-geniteur_2050907.html

Gabrielle est née d’un don anonyme de gamètes. Elle a retrouvé son géniteur grâce à un test ADN acheté sur Internet.

Un éclairage tamisé, un chat qui s’étire, un mot doux sur le mur signé « Maman ». Rien, chez Gabrielle*, ne trahit son cataclysme intérieur. Pourtant, à 28 ans, elle est en passe de retrouver l’homme qui, en donnant son sperme, a permis son existence. Et c’est un test ADN, acheté en trois clics sur Internet, qui a tout changé: « En une semaine, j’en ai appris plus sur mes origines qu’en vingt ans. »

Jean, « Croire que nous sommes des feuilles blanches à la naissance est un leurre »

Notre père, c’est notre père. Celui qui a changé nos couches et qui nous a raconté une histoire le soir avant de nous endormir… Celui qui nous a aidés à faire nos devoirs, qui nous a appris à faire du vélo et qui a soigné nos bobos. Peu importe si on ne partage pas les mêmes gènes. Pour moi, mon père est mon père ; aucun doute là-dessus. J’ai un père et j’ai une mère… mais j’ai aussi un géniteur.

Et je sais aujourd’hui que ma conscience, ma personnalité et mon comportement ont aussi été façonnés par mon code génétique. Croire que nous sommes des feuilles blanches à la naissance est un leurre. On naît avec des personnalités différentes, des comportements différents. En effet, notre éducation, notre environnement ont fait de nous les êtres humains que nous sommes, mais pas seulement.

Moi qui suis né d’un don anonyme, moi qui n’ai connu ni mon géniteur ni mes origines, moi qui ai appris en plein divorce de mes parents, à 2h du matin, à l’âge de 10 ans, que « ton père n’est pas ton père », moi qui ne peux répondre à la question très simple de « quels sont vos antécédent familiaux », qui suis-je ? De quelle culture ? De quelle lignée ? De quel pays ? A qui appartient ce menton ? Ce front, cette bouche, ce nez ?

J’ai eu besoin de savoir. J’ai voulu savoir. Et ce besoin est devenu encore plus prégnant le jour où  je suis moi-même devenu papa. Alors avec les tests ADN en ligne, je me suis jeté sur l’occasion. J’ai envoyé un peu de salive à 23andme. Trois mois plus tard, je recevais mes résultats. Et ces sites sont plutôt bien faits : non seulement ils vous montrent vos origines géographiques, mais en plus ils vous mettent en relation avec les autres utilisateurs du site qui partagent votre ADN.

Moi, fils unique qui ai toujours rêvé d’une fratrie biologique, je me suis jeté sur les résultats. Et j’ai en effet découvert beaucoup, beaucoup de matchs (plus de 1 000), mais malheureusement pas de géniteur, ni de demi-frères, ni même de cousins germains… Mon parent génétique le plus proche se trouvait en fait être une vieille dame habitant dans le Connecticut et avec qui je partageais un faible et décevant 0.6% d’ADN. J’étais déçu… En fait, la recherche de son géniteur c’est un peu comme le loto : même si les chances sont faibles, on y croit toujours un peu.

Alors pour discuter de mes résultats, et aussi pour comprendre si la loi allait changer un jour en France, j’ai rejoint l’association PMAnonyme. J’ai discuté, j’ai appris beaucoup de choses : que je n’étais pas seul dans cette quête de la recherche de soi, mais surtout qu’un match ADN aussi faible que 0.6% pouvait (avec beaucoup de chance) me mener à mon géniteur. J’ai donc demandé un peu d’aide… S’en est suivi une enquête génétique et généalogique passionnante de plusieurs jours, qui est passée par les archives d’Ellis Island, le nord de l’Europe et les fins fonds du web… De vraies montagnes russes émotionnelles. En moins de 48 heures, j’avais retrouvé mon arrière-grand-père paternel biologique. En moins de 72 heures, j’avais identifié mon grand-père paternel biologique. Un homme qui avait eu 3 fils. L’un d’eux ne pouvait être que mon géniteur…

J’étais si proche, et en même temps si loin. Comment l’identifier parmi ces 3 frères ? Et comment les contacter? Quels mots utiliser ? « Salut, tu as fait un don de sperme anonyme il y a 36 ans ; bah en fait, tu vois, il n’était pas si anonyme que ça » ? Du coup, j’ai préféré essayer de contacter leurs enfants, et j’ai commencé à chercher de potentiels demi-frères et sœurs grâce à leur patronyme. Et j’ai trouvé, tout simplement en surfant sur Facebook, un homme qui avait non seulement l’air d’avoir mon âge mais qui surtout me ressemblait beaucoup. Pour préserver son anonymat, appelons-le Nicolas.

J’ai donc contacté Nicolas de manière très directe sur un réseau social professionnel : « Bonjour, je m’appelle Jean et je pense que nous avons le même grand-père biologique ». Autant vous dire que ce n’est pas le genre de message qui laisse indifférent mais aussi pas forcément le genre de message auquel on répond. J’ai eu beaucoup de chance… Il m’a répondu. On s’est appelés, je lui ai tout expliqué, et il a voulu vérifier. 3 mois plus tard, il recevait lui aussi les résultats de ses test ADN et mon meilleur match est soudainement passé de 0.6% à 30% (mon demi-frère biologique). Moi qui avais grandi fils unique, j’avais donc maintenant un demi-frère, mais aussi une demi-sœur biologique.

Le week-end suivant, il en parlait à son père, à sa sœur et à sa mère lors d’une réunion de famille. Je ne vais pas vous cacher qu’ils ont tous été un peu surpris et qu’en dehors de Nicolas que j’avais déjà eu quelques fois au téléphone, ils ne souhaitaient malheureusement pas me rencontrer. Mais ce n’était pas très grave au final… Un peu décevant certes mais au moins je savais d’où je venais, j’avais un nom, une histoire, un métier, une lignée, des antécédents médicaux et surtout je savais qu’à 70 ans, mon géniteur avait toujours ses cheveux !

Quelques semaines plus tard, je rencontrais tout de même Nicolas pour la première fois… mais il n’était pas venu seul… Je rencontrais aussi mon géniteur, sa femme et ma demi-sœur. Passé le choc de l’annonce, ils avaient changé d’avis. Et non seulement ils avaient souhaité me rencontrer, mais en plus ils étaient venus avec des photos, des écrits, des histoires. Une famille adorable, unie. On est restés en contact et on compte se voir assez souvent. J’aimerais bien leur présenter mon fils.

Les sentiments que j’ai ressentis à ce moment-là sont absolument indescriptibles. Je ne cherchais pas un père, je cherchais mes origines et je les ai trouvées. Mon père est mon père et cette évidence est devenue beaucoup plus facile à embrasser après cette découverte. J’ai un père, j’ai une mère, mais maintenant j’ai une histoire un petit peu plus complète, grâce à mon géniteur. J’ai été conçu et construit par 3 personnes et je veux les remercier. En tant qu’être humain, on a tendance à se fabriquer des cases dans lesquelles tout ranger, tout simplifier ; mais la vie n’est pas simple, c’est un gros bordel.
Et pour des dizaines de milliers de personnes conçues par don, c’est beaucoup plus compliqué que ça : c’est… décalé.

© Copyright 2018 – Sokol Photographe

Diane, Léo et Elise: Retrouver une part de soi

Diane, Léo et Elise: Retrouver une part de soi

Je sais depuis toujours que j’ai été conçue par don de gamètes, mais c’est quelque-chose que j’ai mis longtemps à réellement réaliser et comprendre, avec tout ce que ça impliquait d’inconnu sur ma génétique, mes antécédents médicaux, mes origines.

D’abord anecdotique, en partie grâce à une certaine influence de la part des autres, du type « oui, mais tu as quand même un père donc ce n’est rien ! On s’en fiche, de la génétique ! », cela a pris toujours plus d’ampleur pour moi en grandissant. Je n’avais pas de mal à aborder ce sujet, mais personne ne comprenait et je n’avais toujours pas les réponses aux questions que je me posais : « Combien sommes-nous ? Qui est le donneur ? Pourquoi a-t-il donné ? Quelles sont ses origines ? Me ressemble-t-il ? Que fait-il de sa vie ? » .

Au fil des années, de l’adolescence à l’âge adulte, c’est devenu presque une crise identitaire. Cela commençait à avoir une influence néfaste sur ma relation avec mes parents, à qui j’en voulais beaucoup de m’avoir imposé cet anonymat forcé, sans penser aux conséquences sur ma vie, au nom de leur désir d’enfant.

C’est dans une de ces phases où je me posais trop de questions que j’ai rejoint l’association PMAnonyme et que j’ai fait un test ADN 23andme.

Après 2 semaines d’attente, je me suis réveillée un matin en découvrant que j’avais un demi-frère génétique 3 ans plus âgé, dans une région voisine. Cette découverte a changé ma vie et je crois, celle de mon demi-frère génétique. Nous nous sommes rencontrés et avons discuté, c’était une évidence que quelque chose de plus nous unissait que la génétique seulement, peut-être notre expérience de vie. Ca été un énorme apaisement pour moi, qui ne ressemble pas à mes parents et frères et sœurs, de trouver quelqu’un qui me ressemble, et comprend ce que je vis, ce que je ressens par rapport à cet anonymat et ce vide sur nos origines. Quelques jours plus tard, en transférant mes résultats ADN sur Myheritage, j’ai également trouvé une demie-sœur génétique. Deuxième émotion forte : combien sommes-nous ? Difficile, voire impossible à savoir…

Nous discutons maintenant tous les trois presque tous les jours, et comptons nous rencontrer à 3 prochainement. Depuis ces découvertes, je me sens mieux, et j’ai l’impression d’avoir pu retrouver une part de mes origines. Je me sens apaisée vis à vis de ma conception, et j’en veux moins à mes parents. J’ai l’impression d’un retour à une vie normale, moins assaillie de questions, la vie que j’aurais dû avoir sans l’anonymat imposé par l’Etat français.

Nous cherchons toujours notre donneur et espérons le retrouver dans quelques années grâce à  la démocratisation des tests ADN.

Pour leur aide, je remercie l’association PMAnonyme et tous ses membres, car je leur dois la découverte qui a changé ma vie pour le mieux !

Élodie et Coralie : Une pièce du puzzle

Retrouver un bout de moi, de mon histoire, de mon adn… Il était presque minuit hier quand j’ai vu que le test Myheritage avait retrouvé une demi-soeur… Je m’étais tellement préparée à ne rien trouver que le choc a été immense ; les larmes ont coulé quand j’ai vu sa photo, je n’arrivais plus à respirer, le souffle coupé…

19 ans de questions après avoir appris ma conception même si je ne sais toujours pas qui est mon géniteur, je sais qu’il doit être italien au vu de nos origines… 19 ans à se demander s’il y en avait d’autres qui partageaient mon adn, mon secret, mon père biologique… et un soir tu commences à avoir des réponses… c’est comme si le trou béant dans ma poitrine avait commencé à se combler… tu es une pièce qui manquait à mon puzzle… C’est comme si je n’étais plus seule… tu es le début d’une réponse… je ne peux pas décrire ce que j’ai ressenti tant le choc a été violent pour moi mais je sais que ça va me permettre de me sentir plus apaisée désormais…

Pas à pas on va se découvrir et cette année mon anniversaire ne sera pas le même car maintenant on est deux, le voile sur ce secret a commencé à se lever… j’espère qu’un jour on saura vraiment d’où l’on vient pour savoir où l’on va… en attendant je t’ai toi et j’en aurais pas espéré autant il y a encore quelques jours… alors je lève mon verre à notre rencontre prochaine… à nos discussions… à notre avenir.

Margaux – 29 ans – CECOS de Rouen

Je pense, du plus loin que va ma mémoire, avoir toujours su mon mode de conception diffèrent de la norme.

À 4-5 ans, mes parents m’ont emmené voir une psychologue car d’après eux je demandais « d’où je venais et comment j’étais venue ». Afin d’éviter un secret de famille inutile, ils m’ont toujours expliqué que mon père ne pouvant pas avoir d’enfants, ils avaient fait appel à l’aide extérieure « d’une banque de graines de papa ».

J’ai vu cette psychologue pendant des années. Et j’allais bien.

Plus tard, aux prémices de mon adolescence, et malgré le fait d’avoir toujours su mon mode de conception, des questions ont commencé à me parasiter le cerveau :
« D’où je viens ? »
« Quelles sont mes origines au final ? »
« Pourquoi moi je ne peux pas répondre quand on me demande mes antécédents médicaux ? »
« Pourquoi je ne pourrais pas savoir à quoi ressemble mon donneur ? »
« Est-il quelqu’un de bien ? »
« D’autres enfants sont-ils nés de ses dons ? »

Et bien d’autres questions dont je n’ai, à l’aube de mes 30 ans, toujours pas les réponses.

D’après moi, quel que soit l’âge de découverte de son mode de conception, le réel problème est la quête de personnalité, d’origines, d’antécédents et non pas une quelconque recherche de réponses à un secret de famille.

La loi doit évoluer, la loi doit changer, maintenant. Afin d’éviter à d’autres de vivre ce que nous vivons.

Karine, maman de jumeaux conçus par don

Je suis maman de jumeaux conçus par un don de sperme. Mes enfants savent comment ils ont été conçus ; je leur ai dit la vérité lorsqu’ils ont eu 8 ans.

Je ne pouvais plus leur mentir, impossible. Les mensonges ne se limitent pas qu’aux enfants en général, on cache aussi souvent la vérité aux proches. Combien de fois ai-je entendu : « Ils ressemblent à leur père. »  Et devoir mentir, c’est lourd et difficile. Alors j’ai tout dit, et ce fut une libération.

Voilà, je suis une maman heureuse, heureuse d’avoir eu mes enfants grâce à ce donneur, et  je souhaite de tout cœur que la loi avance car un de fils m’a dit qu’à ses 18 ans il ferait ce que la loi lui permettrait pour connaître ses origines.

Je pense que l’accès aux origines est nécessaire pour tous ces enfants qui souhaitent savoir d’où ils viennent. Ne pas savoir est source de déséquilibre émotionnel et cela devient un combat de toute une vie.