Témoignages

Denis, 37 ans

J’ai été donneur en 2007, l’année de naissance de mon fils.
Aujourd’hui mon fils a 10 ans, et les enfants qui sont nés suite a ce don – s’il y en a eu – vont avoir l’âge bientôt d’apprendre le ce « détail » de leur conception.
Je suis moi même issu d’une PMA puisque ma mère a reçu un lourd traitement hormonal pour tomber enceinte… ça n’a jamais été un secret. Donc pour ma part, aider des couples qui en avait besoin me semblait tout naturel.
J’ai cependant longtemps réfléchi avant de franchir le pas, puis je me suis dit que quoi qu’il se passe dans l’avenir, aider un couple a avoir un enfant valait la peine de prendre le « risque » que cet enfant cherche à me contacter à l’avenir.
Aujourd’hui je me rends compte que la/les personnes qui sont nées grâce à cela peuvent avoir un besoin vital d’en savoir plus, et que je Peux leur offrir cela.
Et de mon côté, j’aimerais juste savoir si les familles vont bien.

(Témoignage de février 2017)

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Chantal : maman de 4 enfants issus d’une IAD

Je suis maman de 4 enfants issus d’une IAD.

Nous avions décidé d’être parents. J’avais 20 ans. J’imaginais cet enfant issu d’un beau couple….et cet enfant imaginaire il a fallu en faire le deuil. Il y avait deux solutions : l’adoption ou l’ insémination avec donneur. Mon mari a mal vécu l’annonce de son infertilité et à ce moment là ne voulait pas entendre parler d’IAD.

Enfin, 5 ans plus tard, d’un commun accord, nous avons débuté les I.A.D. Nous avons eu un petit garçon en 1983 à la 6ième tentative d’IAD. Notre second garçon est né en 1986 à l’issue de la 2ième tentative d’IAD. Nos jumeaux sont nés ensuite en 1990 à la première tentative.
En 1994, après 19 ans de mariage et un parcours difficile, mon mari est parti.
Nous avons divorcé. Mon plus grand bonheur était la naissance de mes enfants et construire une famille. Le jour où tout s’écroule vous avez envie de revenir à la case départ. Si pendant plusieurs années j’ai souffert et élevé seule mes enfants, je suis sereine à présent. Mon ex mari est en bons termes avec ses enfants. J’ai annoncé aux deux grands d’où ils venaient. Mon ex ne voulait pas, mais plus les enfants grandissaient et plus ce secret me pesait jusqu’à l’obsession et la dépression. La semaine dernière je l’ai appris aux jumeaux. Ma fille a pleuré. Elle a été choquée. Mon fils m’a dit « je suis moi » et même si tu m’avais appris que je suis un enfant adopté ça me serait égal. Par contre ils se demandent à quoi ressemble le donneur. Mon aîné avait 12 ans lorsque je lui ai annoncé son mode de conception. Il m’a dit: « le donneur c’est un con » … réaction à une souffrance ? Mon second fils a dit « mon père c’est mon père ».
Je souhaite de tout mon cœur que l’anonymat des donneurs soit levé. les psychothérapeutes parlent beaucoup de psychogénéalogie , du poids des secrets, des non dits pour les générations à venir. Je crois beaucoup à cela. Je suis infirmière et me suis formée. Mes enfants sont heureux aujourd’hui mais le seront ils toujours, amputés d’une partie de leurs racines biologiques ?

Je remercie tous les donneurs. Leur acte de générosité rend des couples et des enfants « presque » heureux car désirés. Dommage pour l’ombre au tableau…mensonges et hypocrisie faussent les relations familiales. Tant de souffrances pourraient être évitées….

Messieurs qui faites les lois, si vous vous mettiez à notre place ?


Au plus loin de mes souvenirs, j’ai parlé de la conception du premier enfant à ma sœur et mon frère. Je n’ai perçu aucune compassion . Mon frère en a eu pour mon ex– mari . Pour moi le sentiment de honte s’installait sournoisement. Ce sujet était tabou il fallait faire comme si notre famille était une famille normale.
Avec mon ex– mari nous n’en parlions pas . Et pourtant nous avons désiré un troisième enfant (et je me disais qu’un jour ils seront plusieurs à partager le secret ). Avec le traitement de stimulation ovarienne j’avais 3 follicules mûrs : à 1 mois de grossesse, j’ai fais une fausse couche et il me restait 2 embryons . J’ai accouché des jumeaux à terme. Mon garçon avait un nævus important sur le thorax, la sage femme a dit à mon ex: vous l’avez aussi? petit rappel qu’une tierce personne faisait partie de la famille. J’étais débordé par les tâches de toute mère au foyer et lorsque les bébés ont eu trois mois mon ex a commencé à « se déconnecter » de notre famille . Je me trouvais seule le plus souvent et très mal: ma culpabilité grandissait, d’autant qu’un soir il m’a regardé et dit « 4 comme ça ! ». …en hochant la tête. Pourquoi ai–je eu l’impression de devoir porter seule cette culpabilité ? Au point ( à un moment d’intense tristesse ) de vouloir en finir avec moi et avec ce que j’avais de plus cher au monde mes enfants: enfants nés avec une partie d’eux qu’il fallait nier.

Chaque maillon de la chaîne est responsable : parents, donneurs, C.E.C.O.S, législateur.

Chacun voit midi à sa porte et il est facile de décider avant la conception de l’enfant.

L’instinct de survie a toujours été le plus fort chez moi, j’ai consulté. Un médecin venait nous parler , tenter d’aider notre couple mais ce fut inutile. Des angoisses remontent pendant que je vous écris. Je ne pouvais pardonner à mon ex ses infidélités. Il fuyait.

Je peux expliquer cette culpabilité maintenant. Au C.E.C.O.S on m’a demandé qu’allez vous dire à votre enfant ? j’ai répondu il ne le saura pas, je ne veux pas le perturber, mon mari aussi, nous étions au diapason. Et les C.E.C.O.S savent camoufler les mensonges: couleur des yeux, cheveux, jusqu’au groupe sanguin identique au père. Les enfants ont grandi, moi j’ai repris mon travail d’infirmière. J’ étais mieux après le divorce. Seulement je me suis intéressée après une formation en alcoologie à la psychogénéalogie, au génogramme. J’ai dit à la formatrice ma préoccupation concernant les jumeaux qui ne savaient pas, elle m’a donné l’adresse d’un psychothérapeute je déprimais et lui, dédramatisait. Il me conseillait de le leur dire. Après quelques séances je lui expliquais l’impossibilité de le dire j’étais anxieuse et j’avais peur de leur réaction. Toujours » ce poids » d’avoir mal agi. C’était en 2005. Les conséquences auraient pu être dramatiques pour moi, obsédée par cela. J’ai voulu oublier. Hospitalisée j’ai pu enfin parler sans être jugée ,comprise enfin! je suis toujours en soins car devenue vulnérable. Maintenant les jumeaux savent , je crois que le moment était venu, et que surtout j’étais prête.

Je pense que chaque couple doit mûrir sa décision avec l’aide de psychologues , être mieux averti des conséquences pour les enfants qui ressentent les angoisses des parents, leur mal–être, leur famille différente….

Pour conclure et en revenir au côté humain , il y a le donneur, le père ,la mère chacun avec son individualité, son vécu et l’enfant qui naît, qui grandit devient adolescent, adulte qui demande » des comptes ». Comment pourrions nous tous faire la sourde oreille? Moi je ne le peux pas et j’ai encore un combat à mener pour être en paix avec moi même et vraiment bien avec mes enfants : Je veux qu’ils puissent connaître leurs origines s’ils le souhaitent. Rien n’est irrémédiable , enfin je l’espère.

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Walter Merrick – UK

Walter Merrick - UK
Cher futur père IAD,
Comme vous, je ne m’attendais pas à me trouver dans cette situation. C’est un coup dur quand on vous dit que vous êtes stérile. Jusqu’à la fin de ma vie, je me souviendrai du jour; il y a fort longtemps, où les docteurs me l’ont annoncé de leur ton détaché. J’ai maintenant deux enfants conçus par IAD nés en 1983 et 1986,mais je me souviens toujours des sentiments qui m’ont frappé à ce moment là.

Qu’avons-nous fait pour mériter cela ? C’est si injuste, si cruel qu’il est possible que vous ne vouliez parler à personne de votre souffrance.
Parce que c’est la dernière chose que vous voudriez dire à quelqu’un, qui, de toute façon, peut être ne comprendrait pas. Un homme stérile. Une orange sans un seul pépin. Pas impuissant d’accord, mais quand même qui tire à blanc.
Vous avez entendu de nombreuses plaisanteries à ce sujet, et maintenant c’est de vous qu’on va se moquer. Il est impossible d’imaginer que vous pourrez encore faire figure d’homme si vos amis le savaient. Elle dit qu’elle ne vous méprise pas, mais comment savoir avec les femmes ? Maintenant qu’il est certain que je ne peux pas lui en donner, voudra-t-elle vraiment rester avec moi ?

Supposons que nous ayons un enfant par IAD, et alors ? Que vais-je ressentir ? Est-ce que je me rappellerais à chaque instant que cet enfant n’est pas de moi ?
Il va manquer quelque chose et ce sont mes gènes qui ont disparu. Je vais être la fin de la lignée. Il se peut que je me laisse convaincre d’avoir un bébé IAD et que je refoule ces sentiments pour lui faire plaisir, mais est-ce que j’aimerais cet enfant vraiment comme s’il était le mien ?

Bien, mon ami, Tout ce que je peux dire est que je suis passé par là !
On peut ressentir la perte de la fécondité comme un deuil.
Les émotions qu’elle éveille et le temps qu’il faut pour voir les choses sous leur vrai jour sont identiques. En toute logique, vous savez que vous n’avez aucune honte à avoir, mais émotionnellement, c’est tout à fait différent. Il est tout naturel que les sentiments de douleur et de tristesse ne disparaissent pas rapidement, mais nous apprenons à être partagés entre les sentiments de perte à cause des enfants que nous n’aurions jamais pu avoir et le sentiment d’excitation et de joie pour les enfants que nous avons.
Les enfants ne vous en aiment pas moins parce qu’il n’y a pas de liens génétiques entre vous. Vous êtes Papa. Vous êtes là, vous les élevez, jour aprés jour. Vous les entourez et les protégez tout comme tout autre pére. Et même peut-être plus, parce que vous et votre compagne avaient à réfléchir beaucoup plus que d’autres parents pour savoir pourquoi vous vouliez des enfants.

Les jeunes enfants à qui l’on parle de leur origine ne sont pas choqués par la nouvelle. Ils ne comprennent pas vraiment les implications.
Mais si vous le leur dites quand ils sont jeunes et, au fur à mesure qu’ils grandissent, vous leur donnez des renseignements supplémentaires, la nouvelle n’est jamais un choc, et quand ils seront adolescents ils ne se souviendront pas du moment précis où on leur a dit la vérité.

Nous savons tous que je ne suis pas lié à eux génétiquement, mais je n’ai pas honte de ma stérilité et ils le savent. Ils m’acceptent entiérement comme leur père en partie parce qu’ils n’en ont pas d’autre, et en partie parce que j’assume toutes les responsabilités et l’autorité qui accompagnent le rôle de père. Nous avons une relation ouverte et honnête et les enfants m’aiment et me respectent comme le père qui a été là pour eux dès le premier jour.

L’éventualité, qu’adultes, ils puissent rechercher leur donneur ne devrait pas vous dérouter ! Quoiqu’il arrive, vous êtes toujours Papa !

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Michelle

Lorsque ma fille est née, comme pour beaucoup d’autres mamans, ce fut le plus beau jour de ma vie.
Je n’en croyais pas mes yeux.
A presque 41 ans, j’avais enfin un enfant. Après tant de galères! 5 années à essayer de tomber enceinte, 6 FIV. Et puis, le mariage qui s’effrite, se dissout. Disparaît.
Merde ! Je fais quoi? Je fais quoi maintenant pour avoir un bébé ? Voilà. 41 ans, divorcée, sans enfant, sans mec. Coincée.
Alors, soit, je rencontre l’homme de ma vie dans cinq minutes, soit… Soit, et bien, on n’en parle plus. J’fais une croix dessus…
Mais rien de tout cela n’arriva. Pas d’homme dans ma vie, mais pas question d’abandonner. En en parlant un peu aux copines, je m’aperçois que je ne suis pas la seule dans cette situation. Par contre je suis la seule à être seule. Les autres sont en couple. On me donne une adresse. En Belgique. J’appelle illico. Je raconte encore.
« Vous êtes homosexuelle ? »
Non. Je suis seule.
« Bon, venez me voir ».
Je pars quelques jours plus tard. Je rencontre le professeur untel, un monsieur aux cheveux blancs qui… Qui quoi ?
Je ne sais plus. Comme par hasard, ce premier entretien est sorti de ma mémoire. Malgré tout, je repars pleine d’espoir. Ca, je m’en souviens.
Commencent alors les traitements, les prises de sang, les coups de fil pour les résultats, re-prises de sang, re-coups de fil.
Et puis, tout va très vite. Mes résultats sont bons. Je repars en Belgique, à l’hôpital. Seules deux amies très proches sont au courant et me soutiennent. J’arrive à l’hôpital, j’y passe la nuit. J’ai acheté du chocolat, je n’ai pas le droit, mais je mange la tablette entière en attendant le sommeil.
Le lendemain matin, départ au bloc pour une FIV avec sperme de donneur. Je suis seule, loin de ma famille et de mes amis. S’il m’arrive quelque chose…
Mais non, tout s’est bien passé. Quelques heures plus tard, je rentre à Paris. Je vais bien.
Quelques jours plus tard, je téléphone pour connaître les résultats. Ils sont excellents !!! Il y a 7 embryons ! 7, mon chiffre porte-bonheur !
Je retourne en Belgique pour le transfert d’embryon. Arrivée devant le train, j’hésite. J’hésite. Je sais que l’issue de ce voyage, si les résultats sont satisfaisants, est irrévocable.
Alors, j’hésite encore. Mais le train va partir. J’y vais. Je suis partie. Pour un long voyage avec ce « peut-être futur bébé » qui sera là pour la vie.

Je sais depuis le début que le donneur est anonyme. Mais mieux vaut anonyme que pas d’enfant du tout. De toutes façons, personne ne m’a dit qu’il y avait des donneurs non anonymes. Même ailleurs. Alors, j’ai pris ce que l’on m’a donné. Un enfant à tout prix. Personne ne m’a non plus prévenue pour plus tard.

Réimplantation. A l’hôpital, j’essaie de questionner le médecin qui s’occupe de moi.
– Vous savez qui est le donneur ? « Non, mais je peux vous assurer que ce n’est pas moi ! » dit-il en souriant. Je n’en saurai pas plus. La conversation est terminée.
Quelques heures plus tard, retour en province où j’habite encore un peu. Chaque jour, chaque minute, c’est l’angoisse. L’angoisse d’un nouvel échec, d’une maternité qui n’aboutit encore pas.

Pourtant, je dois me rendre à l’évidence. Je suis enceinte. Je n’y crois pas . Bien sûr, rien n’est acquis, il faut faire attention, à 40 ans, etc.
9 mois plus tard, ma fille est là. En pleine forme. Moi aussi.

Et tout va bien, jusqu’au jour où, du haut de ses trois ans et de sa petite voix, elle me dit : « Je veux voir mon papa ! »
Oh, merde ! J’avais oublié ! Je ne sais plus ce que j’ai bafouillé. Je suis tellement habituée à être seule avec elle que je ne m’étais même pas aperçue qu’il manquait quelqu’un. Tellement habituée à être 2 que je ne pense même pas que l’on pourrait être 3. Mais ma fille, elle, elle voit bien que, chez les autres, il y a des PAPAS. Ben oui, chez les autres, il y a des papas, et chez nous, il n’y en a pas. Depuis que ma fille est née, je n’ai pas rencontré de monsieur qui…
« Il est où, mon papa, maman ? J’aimerais bien le voir ».
– Je sais, mon ange, moi aussi. Mais, je vais te dire quelque chose de très important. Ecoute, je ne connais pas ton papa. Je voulais avoir une petite fille comme toi, mais toute seule, je ne pouvais pas, alors, je suis allée dans un hôpital et j’ai choisi de belles petites graines que le docteur a mises dans mon ventre et te voilà.
J’ai toujours voulu une magnifique petite fille comme toi et TU ES LA. Ne t’inquiètes pas. Tu as un papa. Tout le monde en a un. Et peut-être qu’un jour, on le rencontrera.

Ce fut difficile de dire tout cela, mais il était très important que la vérité soit dite.
Et puis, un psychologue a pris la relève car j’ai senti que je n’allais pas suffire.
Un jour, n’y tenant plus, j’ai téléphoné au médecin en Belgique et j’ai essayé d’avoir des renseignements sur ce papa inconnu. J’en ai obtenu. Sa taille, la couleur de ses yeux, son métier, sa situation familiale, son pays d’origine. Déjà pas mal.

Si je regrette d’avoir eu un enfant dans ces conditions ?
Oui, bien sûr, car on ne m’a rien dit sur les conséquences que cela pouvait avoir sur ma fille, qui risque peut-être plus tard de ne pas comprendre ma démarche, de m’en tenir rigueur et de le mal vivre.
Non, bien sûr, car je suis la maman la plus heureuse au monde et j’espère que ma fille le sera aussi.
Elle a des copains, des copines qui vivent avec un seul parent, alors, cela permet de relativiser sa situation.
Depuis, quand elle parle de son papa, c’est avec plus de sérénité, car elle sait où il vit et ce qu’il fait, c’est plus facile.

IL faut que les lois changent et que l’anonymat des donneurs soit levé.
Cette levée de l’anonymat est essentielle au bien-être de l’enfant. Savoir d’où l’on vient est primordial.

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Olivia Montuschi – épouse de Walter Merricks

Olivia Montuschi - épouse de Walter Merricks
Quand mon compagnon et moi avons parlé d’avoir un enfant, ce n’était pas n’importe quel bébé que je voulais, mais un bébé à nous ! Peut-être même son bébé, à cause de ses beaux yeux bleus, sa façon de s’exprimer, sa patience! parce que nous nous aimions. Comment aurions-nous pu penser à l’impensable! envisager d’avoir un bébé par don de sperme. Voilà quelle était ma situation, il y a quelques années. Peut-être est-ce la vôtre maintenant. Aujourd’hui, nous sommes les parents de deux jeunes enfants conçus par différents donneurs. Ils sont aussi différents et merveilleux que n’importe quels frères et soeurs.
Le point final qui mit fin à nos espoirs d’avoir des enfants génétiquement liés à nous deux nous a été asséné de façon laconique par le médecin de l’hôpital, avant que mon mari n’ait eu le temps de remonter son pantalon : « Vous n’avez pas la moindre chance d’avoir des enfants. N’essayez pas d’avoir recours à des traitements de charlatans, ils ne marchent pas! Au revoir ». On ne nous a offert aucune alternative et il n’y avait aucun soutien psychologique. Nous sommes sortis en titubant dans les rues tristes et mornes de Londres, effondrés par le manque d’espoir, mais pas surpris. C’était écrit depuis le premier test sur le sperme pratiqué par notre médecin de famille.

Je m’étais demandée ce que je ressentirais à ce moment là. Serais-je en colère, triste, désespérée ou simplement déçue ? Est-ce que je l’aimerais toujours ? Comment pourrions-nous avoir des rapports et savoir que jamais un enfant ne serait conçu, quelque soit la peine que nous prenions pour prévoir le moment de nos rapports? (et oui, nous agissions mécaniquement dans notre effort de concevoir !).
Et, en fait, que ressent votre homme sur tout cela ? Je supposais qu’il devait se sentir très mal, peut-être un sous-homme, bien qu’il refusait de le reconnaître. Après des années, j’en suis venue à comprendre que le plus gros chagrin pour lui était l’interruption de la lignée familiale, bien qu’il ne puisse l’exprimer à ce moment là et peut-être ne le réalisait-il pas pleinement lui même. C’est différent pour chacun. On sait que de nombreux hommes supposent que nous n’allons plus les vouloir parce qu’ils ne peuvent livrer « la marchandise ». Bien qu’il soit vrai que la stérilité n’a AUCUN lien physique avec la sexualité ou la virilité, certains hommes se sentent tellement diminués qu’ils peuvent refuser toute relation sexuelle pendant un certain temps et/ou devenir temporairement impuissants après avoir appris qu’ils étaient stériles.
Si vous en êtes capable, donnez lui l’assurance qu’il a sa place dans votre lit aussi bien que dans votre coeur. Il est probable qu’ils se sentiront vulnérables mais seront incapables de demander attention et soutien ou ils les refuseront. Montrer à votre compagnon que vous comprenez et respectez ses sentiments et lui proposer un soutien affectueux (même s’il le trouve difficile à supporter) est la première étape pour faire face à ce que l’avenir vous réserve.

De nombreux couples à qui j’ai parlé disent que c’est juste au moment où ils auraient dû être très proches, qu’ils ne s’étaient jamais sentis aussi éloignés l’un de l’autre par ce qu’ils avaient le sentiment qu’ils n’étaient pas sur la même longueur d’onde. Il est vrai que la stérilité met les relations à rude épreuve Ceux qui en sont sortis et se sont sentis plus forts de ce fait, disent que le secret est que chaque partenaire se respecte en tant qu’individu qui a besoin de prendre son temps, à son rythme pour affronter ses sentiments. Il peut être utile aussi que chaque partenaire dise à l’autre ce dont il a besoin (de calme, d’espace, de parler, de collecter des renseignements) et soit prêt à négocier pour que tous les deux puissent obtenir satisfaction à certains de ces besoins. Pour moi, il m’a fallu une gestation de neuf mois après le diagnostic définitif de la stérilité de mon mari pour prendre la décision de poursuivre avec l’IAD. Pendant ce temps, chacun de nous souffrait parce que nous ne pouvions engendrer un enfant, mais nous ne parlions que rarement de ce que l’autre endurait.

Tenir les enfants au courant.
Si l’on fait le choix de ne plus cacher la stérilité, cela implique, d’après nous, qu’il ne faut rien cacher de leurs origines aux enfants.
Il est absolument vrai, qu’en tant que femme féconde, je n’ai jamais regretté d’avoir recours à l’insémination par donneur pour construire notre famille. Ma grande tristesse de ne pas avoir SON bébé s’est modifiée au cours des années et m’a donné un sentiment de satisfaction et de plénitude avec les enfants que nous avions. Au fil du temps, nous sommes devenus plus proches en tant que couple à cause des épreuves que nous avions traversées ensemble. En tant que mère, je ne peux imaginer ce que serait la vie si nous n’avions pas été « francs » avec eux dès leur enfance. Les relations que nous avons avec ces deux jeunes individus est intime et chaleureuse, entourée de respect et de sincérité mutuelles.
Ils sont merveilleux.

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Emile 71 ans

emile
Nous cherchons dans le livre de cuisine une recette de meringues !
Elle est belle !
C’est ma petite fille; on s’aime très fort tous les 2 !

Et pourtant !

Et pourtant, avec ses yeux bruns et son petit nez retroussé, je ne retrouve rien de mon visage, et rien non plus du visage de celle qui occupe mon coeur depuis 50 ans !
Mariés à 22 ans, il nous paraissait évident à tous les 2 de fonder une famille de 6 enfants !!!…
Jusqu’à ce que, un an après notre mariage, un éminent Professeur de Gynécologie nous assène sans ménagement notre stérilité définitive !Il fallait accuser le coup !
Après un temps de réflexion, nous avons choisi de nous orienter vers l’adoption, et ainsi fonder une famille avec des enfants qui seront « nos enfants ».
En un mot les plonger dans notre amour actif, puisque tel était notre grand projet initial.
Nous avons cherché et trouvé des oeuvres d’adoption, reconnues par la législation de l’époque ; il a fallu les convaincre de la solidité de notre motivation, compte tenu de notre âge ! Et nous voilà sur une liste d’attente ! Et puis nos 3 enfants sont arrivés successivement !
Un grand désir pour nous était de rencontrer d’autres parents adoptifs. Très vite, nous avons participé activement à l’animation d’une association, qui militait dans le cadre de la FNFA (Fédération Nationale des Foyers Adoptifs) ; cela permettait de se retrouver en amitié avec d’autres, pour s’entraider et participer aux actions nationales : notamment, faire évoluer les législations et convaincre de la nécessité de la « révélation » aux enfants de leur état d’adopté, ce qui n’était déjà pas dans l’air du temps.
Et puis la vie « normale » nous a entraîné avec tous les problèmes de tous les parents !

Cependant, nous gardions à l’esprit notre particularité de parent adoptif, car il nous paraît essentiel de ne jamais ´gommer » les questions particulières qui sont enracinées dans le fond des fibres de nos enfants : cette empreinte indélébile de la méconnaissance de leurs origines biologiques.
C’est une réalité fondamentale que, malgré toute la profondeur de leur amour, les parents adoptifs ne doivent jamais oublier ou négliger !

Le cadre associatif actuel est très riche de possibilités d’entraide.
Contactez nous !

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Frédéric Guezou

Frédéric guezou
Cela valait la peine

Oui, je suis papa de 2 bambins qui viennent d’avoir 3 ans. Arrivés en même temps et tellement différents.
3 ans se sont passés et toutes ces années de souffrance (presque 7 ans) sont loin, très loin.
Ma stérilité est quant à elle toujours là. Elle fait partie intégrante de ma vie. Plus rien n’aura été comme avant.
3 ans à les observer, 3 ans à s’apprivoiser. 3 ans où j’ai changé, grâce à eux. Les traits changent et je sais qu’il n’y a pas grand point commun physiquement. Cela s’accentue. Je n’ai plus peur.
Etre père d’enfants issus d’un donneur n’est pas choses facile. C’est un défi, une abnégation au quotidien.

Quand on s’asseoit tous les 3 à se lire des histoires ou à se regarder des dessins animés, collés les uns aux autres, cette chaleur est magique et nouvelle pour moi.
Oui, ils sauront TOUT et de suite : Papa ne pouvait pas y arriver tout seul. Alors une personne nous a aidé, ma compagne et moi-même. Et maman a été courageuse.
Oui je me battrai  pour que tous ces enfants puissent un jour avoir accès à leur origine. C’est pourquoi un matin, j’ai décidé que si je pouvais à mon humble niveau, apporter ma pierre dans une association je le ferai. Pour que nous parents ayant eu un jour recours à une insémination soit une chance et non un fardeau à porter pour un des deux parents.
Oui je suis à PMA depuis octobre 2006 pour que nous avancions tous ensemble : Enfants-parents et donneurs pour lever l’anonymat.

Le 9 juin 2004, dans un  bloc chirurgical au moment  de leur naissance, il devait y avoir cette chanson de CABREL : « Bonne nouvelle ».La vie me donne ce que j’attends d’Elle.
Je ne crois plus au hasard.

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Isabelle 45 ans

J’ai 3 enfants, trois fils. Les deux aînés sont issus d’une IAD, le 3ème… naturellement : la nature est parfois bizarre! Je n’ ai jamais caché leur histoire à mes enfants, malgré le refus de leur père, même au 3ième qui n’a pas été désiré par son père -hé oui- ce qui a engendré par la suite mon divorce.. Le fait d’être IAD ne les dérange absolument pas en soi, ça fait partie de leur parcours : les graines de papa n’étaient pas mûres, on a été en chercher dans un grand congélateur.. Par contre, si le second ne se pose pas de question, son père étant son père, le premier a depuis toujours voulu aller plus loin . Alors j ‘ai répondu comme je pouvais « ton donneur est un type formidable puisqu’il m’ a permis d être mère! Il a lui même des enfants, il aime forcément les enfants, il est généreux, il est sensible au malheur des autres… ». Mais quand il me demande comment il est physiquement, je cale !!! Ceci dit il me ressemble beaucoup… comme les deux autres mais voilà où en est mon fils Hugo. Il veut savoir. Pour pouvoir avancer dans sa vie, je crois qu ‘il en a besoin et je tente de trouver une solution, en vain pour le moment. Je pense qu’il faudrait avoir le choix. En fait, quelle que soit l’ origine génétique des enfants, ils ont besoin de réponses à leurs questions… et les secrets de famille sont bien ce qu’il y a de pire. Je veux juste que mes enfants aient le choix. Mais… je ne remercierai jamais assez les donneurs de ce qu’ils ont fait pour moi, car être mère, même seule, même en galère, est la plus merveilleuse des aventures! Il faut avant tout penser aux enfants, leur histoire leur appartient.

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