Témoignages

Yves – De quoi, de quoi ? J’ai été donneur ? Mais, donneur de quoi ?

11 octobre 2018, 6 h du matin, tour d’horizon des nouvelles sur mon téléphone. Le Point, l’Express… Tiens, un article titré : « Pauline Pachot, à la recherche de ses origines – Conçue par un don anonyme de sperme, elle se bat pour connaitre l’identité du donneur. » et illustré d’une vidéo : « Bonjour, je m’appelle Pauline, j’ai été conçue par don de gamètes anonyme en 1991 et aujourd’hui je milite, grâce à une association, pour l’accès aux origines… ».

Avant même d’écouter la suite, sans avoir le temps, que je prendrai plus tard à tête reposée, de découvrir une jeune femme souriante, lumineuse et sereine dans son récit d’une quête qui m’interpelle, me remue et déclenche en moi une émotion inenvisageable quelques secondes plus tôt, je vois la photo de ma mère à 30 ans ! Pommettes hautes, yeux en amande, large sourire. Ma mère est eurasienne, mon grand-père maternel, annamite, ma grand-mère, blonde aux yeux clairs, originaire du nord de la France. Et à cet instant, remonte du tréfonds de ma mémoire que j’ai été donneur fin des années 80 au CECOS de Marseille.

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Michel : La levée de l’anonymat doit être évidente

Je m’appelle Michel. Dans les années 1990, j’écoutais un ami me parler de son impossibilité d’avoir un enfant pour raison médicale. Venant moi-même d’être père, je fus touché par sa souffrance. Quelques temps plus tard, j’ai entendu à la radio un appel des CECOS pour le don de sperme, et j’ai immédiatement fait la démarche après en avoir discuté avec mon épouse. C’est ainsi que je me suis retrouvé, gêné, ma petite éprouvette en main, ravalant mon orgueil, mais pleinement conscient des suites d’une telle démarche.

Je ne sais pas combien d’enfants sont issus de ce don. Je sais seulement qu’ils sont aimés par des parents qui ont accepté de recourir à la PMA, je pense cette décision très difficile à prendre. Anonymat, quel mot horrible quand il s’agit de connaître son géniteur. Il engendre un flot de questions. Pour le donneur, à quoi ressemblent ces enfants, risquent-ils de croiser sans le savoir le chemin d’un demi-frère ou sœur ? Pour l’enfant conçu, d’où vient la moitié de mes gènes, ai-je des risques de maladie connus de mon géniteur, pourquoi ai-je les yeux bleus, et tant d’autres questions…

La levée de l’anonymat doit être évidente. Pourquoi l’imposer alors qu’il est source trop souvent de souffrance ? Pour ma part j’ai fait le choix de recourir (illégalement) à deux tests ADN pour permettre à ces enfants d’éclairer leur parcours.  Arrêtons cette hypocrisie, le don de gamètes est  un acte de pur amour d’un couple heureux vers un couple en détresse. Prolongeons-le, levez l’anonymat …

Frédéric : En attendant, j’ai fait un test

A l’âge de 17 ans, j’ai fait des centaines de kilomètres à vélo, de village en village, pour retrouver trace de mes ancêtres, et j’ai fait un arbre généalogique qui a intéressé toute la famille. Connaître ses origines m’apparaît comme  un besoin essentiel. 

A l’arrivée de ma première fille, j’étais tellement heureux que j’ai donné des gamètes au CECOS de Villejuif afin d’offrir ce même bonheur à des familles stériles. C’était un don anonyme pour un homme qui à priori devait me ressembler.

Maintenant de nombreux jeunes ont découvert la vérité sur leur histoire biologique et veulent en savoir plus. Je les comprends et je souhaite les aider. C’est la suite logique de mon don.

J’ai communiqué avec le CECOS pour préciser que je donnais mon accord de transmission de mes coordonnées au cas où la loi changerait, et en attendant, j’ai fait le test chez 23andme et MyHeritage afin de connecter toute personne qui ferait cette recherche de ses origines.

Cécile, 33 ans, cabinet parisien

Être née d’un don de sperme et l’apprendre à 23 ans sont deux notions compliquées, tant les questions vous taraudent. Il existe une tristesse, un manque, un vide et une incomplétude de l’être qui vous accompagnent au fil des ans.

Lorsque nous avons compris que nous aurions besoin d’un don de sperme à notre tour, mon monde s’est écroulé une deuxième fois. Pas ça …. Pas moi… pas nous… pas mon enfant… Je n aurais voulu, pour rien au monde que mon enfant ressente la tristesse et le manque qui m’habitent. Se pose aussi  la question de la transmission du patrimoine. Que vais-je lui transmettre? moi qui suis à moitié incomplète?

La réalisation récente d’un test ADN 23andme afin de connaître mes origines m’a permis d’avancer et de concevoir l’idée que mon enfant saura trouver les réponses que nous n’avions pas à l époque. Ce blocage autour d’un don pour la conception de mon enfant s’est évaporé après 10 années d’errances et d évolution génétique.