Témoignages

Michel : La levée de l’anonymat doit être évidente

Je m’appelle Michel. Dans les années 1990, j’écoutais un ami me parler de son impossibilité d’avoir un enfant pour raison médicale. Venant moi-même d’être père, je fus touché par sa souffrance. Quelques temps plus tard, j’ai entendu à la radio un appel des CECOS pour le don de sperme, et j’ai immédiatement fait la démarche après en avoir discuté avec mon épouse. C’est ainsi que je me suis retrouvé, gêné, ma petite éprouvette en main, ravalant mon orgueil, mais pleinement conscient des suites d’une telle démarche.

Je ne sais pas combien d’enfants sont issus de ce don. Je sais seulement qu’ils sont aimés par des parents qui ont accepté de recourir à la PMA, je pense cette décision très difficile à prendre. Anonymat, quel mot horrible quand il s’agit de connaître son géniteur. Il engendre un flot de questions. Pour le donneur, à quoi ressemblent ces enfants, risquent-ils de croiser sans le savoir le chemin d’un demi-frère ou sœur ? Pour l’enfant conçu, d’où vient la moitié de mes gènes, ai-je des risques de maladie connus de mon géniteur, pourquoi ai-je les yeux bleus, et tant d’autres questions…

La levée de l’anonymat doit être évidente. Pourquoi l’imposer alors qu’il est source trop souvent de souffrance ? Pour ma part j’ai fait le choix de recourir (illégalement) à deux tests ADN pour permettre à ces enfants d’éclairer leur parcours.  Arrêtons cette hypocrisie, le don de gamètes est  un acte de pur amour d’un couple heureux vers un couple en détresse. Prolongeons-le, levez l’anonymat …

Frédéric : En attendant, j’ai fait un test

A l’âge de 17 ans, j’ai fait des centaines de kilomètres à vélo, de village en village, pour retrouver trace de mes ancêtres, et j’ai fait un arbre généalogique qui a intéressé toute la famille. Connaître ses origines m’apparaît comme  un besoin essentiel. 

A l’arrivée de ma première fille, j’étais tellement heureux que j’ai donné des gamètes au CECOS de Villejuif afin d’offrir ce même bonheur à des familles stériles. C’était un don anonyme pour un homme qui à priori devait me ressembler.

Maintenant de nombreux jeunes ont découvert la vérité sur leur histoire biologique et veulent en savoir plus. Je les comprends et je souhaite les aider. C’est la suite logique de mon don.

J’ai communiqué avec le CECOS pour préciser que je donnais mon accord de transmission de mes coordonnées au cas où la loi changerait, et en attendant, j’ai fait le test chez 23andme et MyHeritage afin de connecter toute personne qui ferait cette recherche de ses origines.

Cécile, 33 ans, cabinet parisien

Être née d’un don de sperme et l’apprendre à 23 ans sont deux notions compliquées, tant les questions vous taraudent. Il existe une tristesse, un manque, un vide et une incomplétude de l’être qui vous accompagnent au fil des ans.

Lorsque nous avons compris que nous aurions besoin d’un don de sperme à notre tour, mon monde s’est écroulé une deuxième fois. Pas ça …. Pas moi… pas nous… pas mon enfant… Je n aurais voulu, pour rien au monde que mon enfant ressente la tristesse et le manque qui m’habitent. Se pose aussi  la question de la transmission du patrimoine. Que vais-je lui transmettre? moi qui suis à moitié incomplète?

La réalisation récente d’un test ADN 23andme afin de connaître mes origines m’a permis d’avancer et de concevoir l’idée que mon enfant saura trouver les réponses que nous n’avions pas à l époque. Ce blocage autour d’un don pour la conception de mon enfant s’est évaporé après 10 années d’errances et d évolution génétique. 

Joseph, né en 1955, de Nancy : « Si on me cherche, on peut me trouver »

Janvier 1984 : à la maternité de Nancy est née ma fille Annabelle.

Aude et Samuel ses aînés sont ravis. Un médecin, chef de service, est venu nous féliciter, la maman et moi. Il nous a fait part des besoins du CECOS, qui pouvait difficilement répondre aux demandes des couples confrontés à la stérilité, avec 2 ans d’attente. Il m’a proposé de devenir donneur de sperme. J’ai donc effectué une série de 5 dons, complétée en 1988 par une seconde série, le CECOS m’ayant recontacté en vue de faciliter la venue de « petits frères ou petites sœurs ». À cette époque, tout le monde considérait que l’anonymat était la seule règle envisageable, au même titre que le don du sang. J’ai considéré que mon rôle se limitait à apporter une « étincelle de vie » dans le processus de conception, ni plus ni moins.

20 ans plus tard, en 2008, j’ai appris par les médias et surtout grâce à l’association PMAnonyme que de nombreux enfants issus de dons, devenus adultes, étaient en quête de la personne ayant contribué à leur conception. Les motivations et problématiques diverses sont désormais connues et largement débattues. J’ai donc écrit au CECOS de Nancy pour informer que je suis tout à fait favorable à ce que mon identité soit dévoilée, et rédigé un courrier destiné à mon dossier. Aucune réponse, pas même un accusé de réception. J’ai donc récidivé en 2018 et cette fois, j’ai reçu un courrier très courtois me demandant des précisions. Mais il est évident que les CECOS sont tenus au respect de la loi de 1994.

J’ai donc effectué un test ADN auprès des principaux laboratoires américains (23andme, FamilyTreeDNA, AncestryDNA) et j’ai versé les données sur le site MyHeritage, très bien implanté en France. J’espère pouvoir ainsi répondre aux demandes légitimes des jeunes qui me recherchent. En général, les personnes qui recherchent leur géniteur ne considèrent pas ce dernier comme un père ou un second père. Ils l’envisagent tout simplement en tant qu’être humain qui a contribué à leur conception et leur a transmis un patrimoine génétique.

J’ai aidé des parents il y a plus de trente ans, et je pense qu’il est de mon devoir d’assumer la suite de ma démarche. Les jeunes nés de mes dons ne paieront pas ma maison de retraite et je n’ai aucun devoir de secours matériel à leur égard. Cependant, je serai là pour répondre à leurs questions, s’ils le veulent, quand ils le veulent. Il s’agit pour moi d’une dette morale.

Encore une précision : le CECOS n’a jamais cherché à savoir si j’étais encore en vie ou si j’avais développé une maladie grave susceptible d’avoir été transmise… C’est assez inquiétant 🙁.

Joseph, papy heureux de 7 petits-enfants

Delphine et Cindy : « On habite à 20km l’une de l’autre »

Tout a commencé l’été dernier. Delphine apprend par l’association PMAnonyme qu’une autre femme est issue de la même banque de sperme qu’elle, et que toutes les deux sont également nées à deux mois d’écart. C’est alors qu’une question se pose : est-ce que les deux femmes pourraient être issues du même donneur ? Elles décident ainsi de faire un test ADN et le verdict tombe : elles sont demi-sœurs. « Quand j’ai appris la nouvelle, ça a été un véritable chamboulement, explique Delphine ; je n’y croyais pas. C’est une énorme chance ! »

Une assiette de sablés et des mugs sont disposés sur la table basse. Delphine, notre hôte, arbore un large sourire. Tout au fond de la pièce, les ampoules d’un sapin de Noël clignotent par intermittence. C’est ici que Delphine H. et Cindy C. ont choisi de nous raconter leur histoire. Même avec des talons, Delphine ne parvient pas à combler les 17 cm qui la séparent de Cindy. Elles s’installent dans de larges fauteuils bleus en velours ras et plaisantent : « Pas étonnant qu’on soit demi-sœur. Vous savez, on est toutes les deux têtes en l’air ! »

 
Retrouvez les dans cette vidéo :

Lettre d’un donneur

Je voudrais lever l’anonymat de mes 7 dons de sperme, que j’ai effectués en 1998 à l’hôpital Jeanne de Flandres CHRU de Lille pour le CECOS Nord.

Je suis père de deux enfants qui sont adultes aujourd’hui.

Ma démarche en 1998 était de donner à d’autres ce que la nature m’avait donné : le bonheur de devenir parent.

J’espère que j’ai donné du bonheur à ces enfants et à leur parents.

Je suis disposé à les rencontrer s’ils le souhaitent.

Témoignage n°9 : Camille

Découvrez le témoignage de Camille,  dans l’émission La Maison des Maternelle. Camille a découvert l’identité de son donneur après avoir fait un test ADN.

Son témoignage est suivi de l’intervention de Madame Agnès Buzyn, Ministre de la Santé.

Rose Christen – 16 ans

Rose Christen – 16 ans

Je suis Rose, bientôt 17 ans, vivant en Auvergne. J’ai appris mon mode de conception dès ma naissance. Toute petite, mes parents me donnaient un livret pour enfant, racontant comment j’avais été conçue. Je trouvais ça tout à fait normal, banal. Je croyais que tous les enfants avaient ce livret, tous les enfants avaient cette histoire.

Le sujet n’a pas été évoqué depuis ce livret jusqu’à environ mes 13 ans. C’est à cet âge-là que je me suis réellement rendu compte de mon mode de conception même si mes parents n’ont jamais souhaité qu’il y ait de secret sur ce sujet.
Mon grand-père paternel m’a lâché un jour : « Tu n’es pas ma vraie petite-fille, pourquoi te donnerais-je le même argent de poche que mes autres petits enfants, ou pourquoi te traiterais-je de la même manière ? ». Depuis, je ne l’ai pas revu, et heureusement. Même si je le déteste d’avoir dit tout cela, et bien d’autres, je sais que c’est grâce à lui que j’ai eu ce déclic. Mais je ne lui suis en rien reconnaissante, bien au contraire.

Alors j’ai commencé par faire des recherches, déjà sur la PMA, puis sur les CECOS. Cette histoire tournait en boucle dans ma tête tous les jours, sans cesse. J’en ai parlé plus tard à ma meilleure amie : je ne pouvais pas garder ça pour moi, il fallait que je l’extériorise. J’ai aussi cherché des moyens de connaître mon donneur. Malheureusement, aucun moyen n’existe légalement en France, il faut donc espérer que les lois changent en faveur des enfants nés par don.

Je ne souhaite pas dire que ce donneur est mon « père » car mon vrai père, celui qui m’a élevé, est le seul à qui je puisse adresser ce nom. Peut-être que je dois 50% de mon ADN, de mon identité, de moi-même en fait, à un inconnu, mais mon père reste celui que j’aime et qui ne m’a jamais rien caché, celui qui m’a transmis ses valeurs. Je sais aussi que si je suis née grâce à ce donneur, c’est parce que les parents ont surmonté de nombreuses épreuves, et qu’ils s’aiment.

Malgré tout, je souhaite rencontrer mon donneur. J’aime mon père, et je ne veux pas le blesser là-dessus, ni blesser ma mère ou le reste de ma famille. Mais il est important pour moi de savoir à qui je ressemble en partie (il paraît que je ne ressemble pas à ma mère ni de physique, ni de caractère), de qui je tiens, si j’ai des antécédents médicaux dont il faut que je me préoccupe, si j’ai des demi-frères, demi-sœurs (je suis fille unique). Et encore beaucoup d’autres questions.
Même si je sais qu’il y a très peu de chances que je retrouve un jour sa trace, je ne cesse d’espérer. L’espoir fait vivre dit-on ?

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Date du témoignage : 13 décembre 2018