Témoignages tests ADN

Marie, 52 ans : j’ai trouvé une demi-sœur qui est la fille de mon donneur

Je ne croyais plus que je trouverais mon donneur. Conçue à Paris par don de sperme, je suis née en 1965 et j’ai grandi en Allemagne. J’ai cependant voulu faire tout mon possible pour connaître mes racines bien que je ne sois pas à la recherche d’un autre père. Sur le plan émotionnel, mon père, c’est mon père social.

En faisant un test ADN cette année (2018), j’ai trouvé une demi-sœur qui est la fille de mon donneur. J’ai appris que mon donneur était décédé, mais grâce à ma demi-sœur j’ai maintenant des photos et des histoires. Mon donneur était un médecin issu d’une famille juive émigrée de l’Europe de l’Est. Il a travaillé un temps à Paris dans les années 60.

C’est maintenant que je me rends compte de quelle signification ça a pour moi. Je crois qu’on ne peut pas faire autrement que de se poser ces questions : Qui est-il ? Comment est-il ? Est-ce que c’est quelqu’un que je peux respecter ? Et ça fait du bien d’avoir des réponses. Je me sens plus calme, plus apaisée maintenant. Ça me touche profondément de voir l’image d’un père à qui je ressemble physiquement. Je suis heureuse de pouvoir le montrer à mes enfants.

L’important pour moi c’est d’avoir une image d’un homme réel. De ma demi-sœur, envers qui je suis profondément reconnaissante, j’apprends des choses bonnes et des choses moins bonnes au sujet de mon donneur. Cela me permet de mieux me définir. Je crois que ce que je cherchais c’était une image interne de mes trois parents pour pouvoir me définir, pour savoir à qui je ressemble ou pas, à quoi je m’identifie ou au contraire par rapport à quoi il me faut développer quelque-chose de différent, de nouveau. Cela me permet d’avancer.

Je crois que c’est un travail psychique que tout le monde fait avec ses parents et ses ancêtres, même si ceux-ci sont morts, et même s’il n’y a que des histoires, des images et des mythes: un travail d’identification et de séparation. Les personnes nées par don sont privées de la possibilité de faire ce travail. Si on ne sait rien, on est enfermé dans le fantasme, hésitant entre idéalisation et peur.

Maintenant que je sais, cela me trouble moins.

Cassandre et Lisa : Un verre de vin

Je suis née en 1988 à Toulouse…
Je suis née en 1982 à Toulouse…

En 2006 je débute mes études de droit et je suis tellement brune que l’on me demande régulièrement mes origines…
En 2000 je débute mes études d’économie et je suis tellement brune que l’on me demande régulièrement mes origines…

A 23 ans j’apprend que j’ai été conçue par don à Toulouse…
A 25 ans j’apprend que j’ai été conçue par don à Toulouse…

En 2012 je réalise mon premier test ADN sur familyTreeDNA et j’apprend que je suis à moitié italienne…
En 2014 je regarde le site de l’association et je n’ose pas leur écrire…

En 2015 je savoure un verre de vin et une assiette de fromage à Rome, je joue du piano et j’ai une très bonne mémoire pour les chiffres.
En 2016 je passe mon temps à voyager. J’adore le vin, le fromage, la musique et je retiens très bien les détails.

En 2017, je réalise mon second test sur 23andme, puis sur AncestryDNA et Myheritage et j’apprend que je suis à moitié italienne du sud, de Naples et des îles de la baie de Naples et je rejoins l’association.
En 2017, je suis l’actualité sur le site de l’association.

En janvier 2018 je te parle pour la première fois, qu’est ce que tu me ressembles…
En janvier 2018 je rejoins l’association et je te parle pour la première fois, qu’est ce que tu me ressembles…

En mars 2018, on se parle tous les jours, je te rencontre pour la première fois, je crois que je t’ai retrouvée.
En mars 2018, on se parle tous les jours, je te rencontre pour la première fois, on dirait tellement moi. Je commande un test 23andme et un test AncestryDNA.

En mai 2018, j’ai les mains qui tremblent et un sourire béat en pleine rue. Tu viens de m’écrire sur mon portable: « Tu es tout en haut de ma liste ».
En mai 2018, un email m’informe que mes résultats ADN sont prêts… je tremble et prends une grande inspiration pour aller voir. 1ère page, je vois ta photo… j’ai compris ❤

En mai 2018, tu es bien ma demi soeur!
En mai 2018, tu es bien ma demi soeur!

On s’est retrouvées… et on ne se quittera plus jamais.

Il ne nous manque qu’une chose: un jour, on aimerait partager une assiette de fromage et un verre de vin avec toi. Toi qui nous a donné ces si belles origines italiennes…

https://www.lemonde.fr/societe/article/2018/08/16/des-enfants-nes-par-don-de-gametes-percent-le-secret-de-leurs-origines_5342871_3224.html https://www.ladepeche.fr/article/2018/06/10/2814972-quand-adn-livre-verite-comment-ai-retrouve-demi-soeur.html

Emmanuelle : Se reconnaître enfin

Dans un podcast de Slate, Emmanuelle raconte son histoire. Un document profondément touchant et passionnant, que vous pouvez écouter ici, et dont vous trouverez un extrait retranscrit ci-dessous :

« J’ai commandé ma petite boîte et j’ai fait mon prélèvement de salive et je l’ai renvoyé au laboratoire américain FamilyTreeDNA qui allait donc me dire s’il y avait un match ou pas.
J’ai attendu impatiemment le résultat dans ma boîte email, et puis il n’y avait absolument rien, je ne retrouvais que des cousins/cousines du 5ème degré.

Trois ans se passe sans rien et j’oublie de regarder ma boîte email. Les recherches me semblent trop longues : je risque de passer à coté de ma vie pour rechercher le début de ma vie.

Un jour, par hasard, je consulte ma boîte email que je ne regarde plus et je vois que pile à ce moment la, je viens de recevoir un email me disant: Match. Alors match, je ne sais même pas vraiment ce que ça veut dire, je vais regarder comme ça au cas ou. Et je vois que c’est écrit en anglais : Frère. Et puis je vois une photo, de quelqu’un qui me ressemble vraiment… pas mal. Et je suis complètement excitée : je viens de trouver un frère !

J’envoie un message mais je me rend compte que la personne vient en même temps de m’envoyer un message. Et c’est complètement dingue. J’envoi des MMS à tout le monde pour montrer la photo de mon frère. Et même à mon père, c’est l’un des premiers à qui je dis « Regarde c’est mon frère ».

Et puis mon frère me dit « attends… il y en a un autre ». Donc on est 3 actuellement, donc ça voudrait dire que ta mère aussi a eu des relations avec le père de notre autre frère.
Et je leur dis : Non, non non vous n’y êtes pas du tout en fait ! On est né par don ! Ils ont cru que c’était de l’infidélité alors que ce n’est pas du tout ça. Chacun de leur côté ils ne connaissaient pas leur histoire. La photo de mon autre frère arrive et c’est presque mon jumeau. Là vraiment, ce sont mes clones. C’est vraiment mon miroir…

Ils me racontent leurs jeunesse et c’est incroyable. On a eu, à des centaines de kilomètres, une enfance a peu près similaire. On aimait les mêmes sports, on adorait l’eau de la même manière. Mes frères ont fait le même métier que moi, du droit comme moi et pour les mêmes raisons que moi.
Et il y a un lien fort : je les aime alors que pourtant ce sont des inconnus. Et j’ai vraiment envie de les rencontrer et les connaître parce que ça me permet de reconstituer le puzzle.

Pour moi c’est un grand bouleversement. C’est aussi un bouleversement parce que je suis enceinte de mon quatrième enfant…
On se donne rendez-vous et je vois l’un de mes frères. Nous pleurons et il me prend dans les bras. J’ai rencontré sa femme, ses enfants et sa mère. Sa mère en me voyant, met la main devant sa bouche, et dis : Oh on dirait ma fille!
Cela fait comme une énorme famille, même si je n’ai rien de génétique avec sa maman.

Il y en aussi un quatrième mais qui ne s’est jamais reconnecté sur le site. Je pense qu’on est vraiment hyper-nombreux.

J’avais l’impression de ne pas me connaître et maintenant je me connais un peu mieux.